Pourquoi avoir lancé l’association Niort Tech et quels sont ses objectifs ?
Il y a 18 mois, la Communauté d’agglomération du niortais (CAN), par la voix de son président Jérôme Baloge, maire de Niort, a proposé aux acteurs économiques du territoire de participer à une réflexion pour se demander que faire ensemble en termes de transformation numérique. Or les plus grands acteurs économiques de Niort sont des assureurs, Niort étant le berceau historique de l’assurance mutualiste. La CAN, Groupama, Inter mutuelles assistance, la MAAF, la MACIF, la MAIF et le Medef Deux-Sèvres se sont réunis. Nous avons fait rapidement le diagnostic que nous sommes tous concernés par le virage numérique et qu’il y a beaucoup de points communs entre nous. Nous voulons nous transformer, faire évoluer les compétences et les modes de fonctionnement de nos entreprises, et mieux travailler avec les jeunes pousses, faire venir sur notre territoire des acteurs du numérique pour mieux coopérer. Nous avons besoin de travailler avec d’autres acteurs dans le domaine du numérique.
Il y a aussi une logique de territoire : Nouvelle-Aquitaine est une très grande région s’étendant de Bordeaux à Nantes et nous nous demandons comment faire exister Niort entre les deux. Sur 76 000 habitants, il y a dans cette ville 16 000 emplois liés à l’assurance. Nous voulons faire valoir cette singularité, créer ensemble une sorte d’« assurance Valley », un écosystème local d’entreprises qui sont concurrentes mais ont des points communs.
Avec les sept membres fondateurs précités, nous avons donc créé fin 2017 une association, Niort Tech. L’idée est de créer un écosystème ouvert, de ne pas s’arrêter à des échanges mais de faire des choses concrètes. La première étape de ce projet a été de constituer un accélérateur pour les start-up de l’assurance, « French Assurtech ».
Que propose concrètement cet accélérateur d’AssurTechs ?
L’objectif est d’accélérer en trois ans une trentaine de start-up. Le premier appel à projets a été lancé le 21 février pour un programme d’accompagnement de 9 mois qui doit démarrer début mai. Nous allons sélectionner une première promotion de 5 ou 6 start-up.
Ces start-up bénéficieront d’un soutien managérial des fondateurs. Chacune sera accompagnée par au moins deux parrains, deux dirigeants issus de deux des cinq assureurs fondateurs. Les start-up auront ainsi accès à un écosystème de grands assureurs, à leur connaissance du marché et à leurs expertises, sur des questions de compétences juridiques comme la protection des données personnelles par exemple, mais aussi pour expérimenter leur projet. Elles auront accès aux équipes marketing pour faciliter le montage de tests grandeur nature, et un accès privilégié à la clientèle des cinq assureurs mutualistes. Or 12 millions de foyers français sont assurés depuis Niort. L’accélérateur sera géré par une société nantaise, Startup Palace, qui pilote opérationnellement le projet, propose des ateliers hebdomadaires et du coaching. L’idée est que les équipes accompagnées passent une partie de la semaine sur place à Niort.
Le lieu où se trouve l’accélérateur sera aussi un lieu d’échange et de collaboration entre les start-up et les mutualistes, une extension des lab de ces dernières.
À quel stade de développement sélectionnerez-vous ces start-up ?
L’objectif est de recruter des start-up qui ont déjà un projet, qui sont structurées, comptent entre 2 et 20 personnes, et qui voudraient avancer rapidement avec le concours d’assureurs de la Place. French Assurtech est un accélérateur, pas un incubateur. Il s’agit de conforter un projet, de vérifier la viabilité d’un modèle économique.
Quels sont les thèmes qui seront explorés par ces AssurTechs ?
Le métier de l’assurance, ce sont deux choses, la science du risque, la maîtrise et la tarification des risques, et la relation client. Or le numérique transforme ces deux champs : l’accès aux données change avec les données de masse et la relation client évolue avec beaucoup de nouveaux acteurs, avec les pratiques collaboratives, etc. Le numérique peut donc changer des choses sur les deux métiers de base de l’assurance.
Il y a quatre champs d’action prioritaires, quatre domaines dans lesquels l’assurance est très présente : l’auto et la mobilité, l’habitat, la santé et la dépendance, et les services à la personne et la silver economy. En auto, par exemple, l’assurance reste celle d’un véhicule, mais les mobilités et usages changent, avec le covoiturage par exemple.
Enfin, il y a des technologies qui peuvent bouleverser les solutions : la blockchain, l’intelligence artificielle, l’internet des objets et le Big Data. Nous allons donc sélectionner des start-up qui utilisent ces technologies pour imaginer et mettre en œuvre des offres et services innovants qui répondent aux nouveaux enjeux de l’assurance dans ces quatre domaines.
Les assureurs qui lancent cet accélérateur travaillent déjà à leur transformation digitale et ont déjà des relations avec des AssurTechs…
Chaque assureur a déjà un lab et certains disposent de véhicules de financement pour des prises de participation dans des AssurTechs. Ce projet ne remplace pas ce que ces acteurs font déjà, mais le complète. Car l’innovation ne se décrète pas. L’idée est aussi de se dire que nous avons intérêt à faire en sorte que les startuppers qui ont des projets se disent qu’il faut venir à Niort pour se développer.
Qu’apporte le projet aux assureurs mutualistes qui l’ont lancé ?
Les membres fondateurs pourront bénéficier de l’efficacité, l’agilité et de la créativité des jeunes pousses qui viennent à Niort. L’idée est qu’elles viennent pour en faire bénéficier nos assurés. Pendant les 9 mois de la période d’accélération, nous leur demandons de nous réserver un accès exclusif à leurs services, et d’être prioritaires si elles ont besoin de capital. Après les 9 mois, si le projet est un succès, des accords de partenariats concernant les services ou l’investissement dans leur capital seront possibles.
N’y a-t-il pas toutefois un risque de concurrence entre les grands acteurs et ces jeunes pousses ?
Nous avons tous intérêt à ce que ces activités d’assurance nouvelles se développent dans le territoire. Ce sera plus simple pour les jeunes pousses en question et cela fera rééclore dans le domaine numérique un système assuranciel très moderne. Sur le point de savoir si cela exacerbera la concurrence entre acteurs, nous pensons que cela débouchera plutôt sur des partenariats. Nous avons tout à gagner à travailler ensemble.
L’association Niort Tech a-t-elle d’autres projets que cet accélérateur ?
Nous allons créer un écosystème innovant. L’idée est que Niort devienne le berceau de l’assurance digitale aujourd’hui. Outre l’accélérateur, nous sommes aussi en train de réunir un panel d’investisseurs potentiels pour accompagner ces start-up et leur faciliter l’accès aux financeurs.
Par ailleurs, l’agglomération et les pouvoirs publics sont en train de développer une offre de formations dédiées dans le domaine numérique, en Big Data, qui enrichiront l’offre existante (Cnam et Sup de Co La Rochelle).
L’idée est qu’il n’y ait pas d’endroit en France où il sera plus simple de développer un projet d’AssurTech que ce que l’on propose : être basé à quelques minutes d’une économie, les cinq assureurs mutualistes fondateurs du projet, qui représente la moitié des assurés français.