Cartes multiapplicatives

Moneo : du porte-monnaie électronique au e-commerce

Créé le

08.05.2011

-

Mis à jour le

31.05.2011

Lancé en 1999 par les grandes banques françaises, Moneo est depuis décembre 2010 une marque de la société Moneo Payment Solutions, détenue par le fonds d'investissement BlackFin Capital Partners. Outre son activité de carte multiapplicative, la société souhaite désormais se tourner vers le e-commerce.

D’où vient le concept Moneo ?

Au début des années 2000 et une première expérimentation à Tours, les banques ont décidé de lancer Moneo, avec l’idée qu’il devrait remplacer une part significative des paiements en espèce.

Il est vite apparu que le porte-monnaie se heurtait à des réticences et des résistances sur ce positionnement, à la fois de la part des commerçants et des porteurs. Finalement, les banques trouvaient que la commercialisation d’un produit de très faible valeur unitaire était un métier difficile à gérer dans l’agence bancaire classique.

N’y avait-il pas un problème de tarification ?

La plupart des banques avaient fait le choix de la gratuité. Le problème principal de Moneo résidait dans le fait que c’était un mode de règlement dont la valeur ajoutée, comparée à celle des moyens de paiement traditionnels, n’était pas très importante. Il nous est apparu que le remplacement des pièces et des billets ne pouvait être en aucune manière l’objectif stratégique prioritaire de Moneo : imaginez que les cartes bancaires classiques ont mis plus de 40 ans à dépasser le chèque en nombre d’opérations !

Quand avez-vous mis en place votre nouvelle offre ?

La « seconde vie » du porte-monnaie électronique a débuté en 2005. Moneo s’est tourné vers le marché des paiements intelligents, c’est-à-dire une opération de paiement de petit montant qui tient compte de différents paramètres tels que le profil du porteur, l’endroit où s’effectue le paiement, l’heure, etc. En combinant le porte-monnaie électronique à des informations supplémentaires, nous avons pu concevoir des opérations de paiement innovantes.

Concrètement, qu’est-ce qu’une opération de paiement innovante ?

C’est par essence un pass de vie quotidienne, destiné à des communautés. À titre d’exemple, notre premier grand succès a été la dématérialisation du ticket de restaurant universitaire. Aujourd’hui, ce sont plus de 1,5 million d’étudiants français qui ont une carte Moneo dans la poche. Elle leur servait au départ pour payer le restaurant universitaire ; elle a progressivement encapsulé de plus en plus de services tels que l’accès aux bibliothèques ou le règlement de photocopies.

Comment charge-t-on ce porte-monnaie ?

Nous comptons aujourd’hui plus de 100 ​000 points de chargement. Notre réseau est plus dense que celui des distributeurs de billets. Outre les bornes de chargement sur les campus, et dans les agences bancaires, nous avons développé une application de chargement sur les DAB-GAB du Crédit Agricole et du CIC ; d’autres établissements bancaires devraient leur emboîter le pas. Nous avons également transformé l’ensemble des cabines téléphoniques, ou presque, en distributeurs de monnaie électronique. Dans Paris intra-muros, on est toujours à moins de 150 mètres ​d’une borne de chargement.

Vous avez changé d’actionnaires en décembre 2010. Votre stratégie a-t-elle également changé ?

Avec ce changement d’actionnaire, Moneo entame sa « ​troisième vie », avec une stratégie qui se construit aussi bien dans la rupture que dans la continuité, car nous émettons toujours des porte-monnaie Moneo inclus dans les cartes bancaires et des cartes multipallicatives. D’ailleurs, à l’occasion de la cession de Moneo au fonds BlackFin Capital Partners, qui a été finalisée en décembre 2010, nous avons renouvelé nos accords commerciaux avec l’ensemble des banques françaises.

Ce qui change, c’est que nous voulons devenir une entreprise de services autour des paiements et des services associés. Nous avons acquis une grande maîtrise technique de quelques domaines clés des moyens de paiement tels que la sécurité, le sans contact, le multiapplicatif. Nous voulons explorer de nouveaux domaines, comme les cartes privatives. Nous nous préparons à proposer des cartes privatives utilisant la technologie Moneo sans forcément que ce soit de la monnaie électronique universelle. Nous prévoyons aussi de vendre des parties de notre système pour aider ou travailler en partenariat avec des sociétés, en marque blanche.

Quel est votre plan de développement ?

Il est très simple. Moneo va continuer à développer son offre actuelle de carte muliapplicative, en la dupliquant sur de nouveaux segments comme les grandes agglomérations ou les administrations.

Nous prévoyons dans les mois à venir de lancer Moneo en BtoC, pour le paiement par Internet ou par mobile bien entendu. Nous sommes un des précurseurs et un des meilleurs experts sur les technologies NFC. Vous pouvez payer en badgeant avec votre téléphone mobile. L’écran vous permet de consulter votre solde.

À quelle échéance serez-vous opérationnels ?

Notre calendrier est dépendant de celui des industriels, dès lors qu’un téléphone équipé d’une puce NFC sera en circulation. Nous attendons également un pont d’infrastructure pour que des chargements « over the air » deviennent possibles.

Qu’est-ce que la technologie « over the air » ?

Quand votre porte-monnaie est vide, dans le monde de la carte, il faut le recharger dans une borne ou un distributeur. Dans le monde du mobile, la transaction « over the air » consiste à utiliser la partie communication du téléphone mobile pour se connecter à sa banque ou au site central de Moneo et demander une somme d’argent qui va être chargée à distance. Pour que cela soit possible, certaines infrastructures sont nécessaires, pour sécuriser ces technologies.

La limite de chargement est aujourd’hui de 100 euros sur Moneo. Pensez-vous augmenter ce plafond de chargement ?

96 % des dépenses des Français sont d’un montant inférieur à 15 euros. Le potentiel commercial sur les transactions de faible montant est énorme. Mais il peut être intéressant sur le plan marketing d’avoir une allonge supérieure, pour payer des montants plus importants. Nous y travaillons activement. Ce projet est lié à la transposition de la Directive sur la monnaie électronique. Le texte français prévoit que les seuils de paiement et de chargement soient relevés.

Vos ambitions restent-elles franco-françaises ?

Oui, dans un premier temps, mais nos technologies peuvent être développées partout dans le monde. En outre, le statut d’établissement de paiement de la SFPMEI, une société sœur de Moneo Payment Solutions qui émet et gère la monnaie en circulation dans le système Moneo, nous permet de nous positionner sur les métiers d’émission de cartes et de gestion des flux en Europe.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº292