Événementiel

Méga-événement sportif et assurance : un Euro 2020 unique

Créé le

07.05.2020

L’Euro 2020, qui se déroulera en juin et juillet 2021 en raison de l’épidémie de Covid-19, constituera une compétition unique dans l’histoire des méga-événements sportifs. Cet article écrit en janvier 2020 et tiré d’un mémoire de juin 2019 ne traite pas des impacts générés par cette pandémie. Toutefois, il met en lumière les impacts financiers et organisationnels qu’une annulation ou un report total ou partiel engendrerait pour les organisateurs et les assureurs. Dans le contexte actuel, il s’agit d’une situation inédite. Pour la première fois dans l’histoire du sport, toutes les grandes compétitions majeures ont été annulées ou reportées : Jeux Olympiques, tournoi du grand chelem au tennis, Euro 2020.

Les méga-événements sportifs et l’assurance ont commencé leur collaboration autour des années 1960. C’est également au cours de cette décennie que l’Union of European Football Associations (UEFA), l’entité européenne de football, a créé son premier Championnat d’Europe. C’est en effet en 1960 que se déroula le premier Euro de football de l’histoire.

L’Euro, troisième plus grande compétition planétaire sportive, fait partie des méga-événements sportifs, au même titre que la Coupe du monde de football, les Jeux Olympiques, les grands prix automobiles ou encore le Tour de France. Ces manifestations font partie des risques spéciaux, à l’instar des spectacles (concerts, one man show, etc.), des tournages de films ou de l’art (peintures, sculptures, etc.). Elles bénéficient d’une couverture médiatique mondiale, accueillent des athlètes connus et reconnus, des spectateurs du monde entier et génèrent des revenus de plus en plus importants.

L’UEFA bénéficie de l’expertise de sa maison mère, la Fédération internationale de football association (FIFA) dans l’organisation d’événements liés au football et peut se targuer de ne pas être en retard en termes de popularité et de retombées économiques. Pour l’Euro 2016 par exemple, celles-ci ont été estimées à hauteur de deux milliards de dollars. À titre de comparaison, les Jeux Olympiques génèrent eux, plus de dix milliards de dollars de retombées économiques. La Coupe du monde arrive en deuxième position de ce podium avec trois à quatre milliards de dollars de retombées. Il s’agit là d’un marché rentable, où les organisateurs améliorent année après année la profitabilité de leur entreprise.

Une compétition paneuropéenne

L’Euro 2020 constituera un événement totalement unique dans l’histoire des grandes manifestations sportives. Ce sera la première fois qu’une compétition sera organisée par 12 pays : l’Espagne, la République d’Irlande, l’Ecosse, l’Angleterre, les Pays Bas, l’Allemagne, l’Italie, la Hongrie, la Roumanie, le Danemark, la Russie et l’Azerbaïdjan. Depuis sa création, 14 pays ont organisé l’Euro, soit seul, soit en duo. Pour l’UEFA, il s’agira du plus grand Euro de l’histoire avec plus de 3 millions de billets vendus et une audience de 5 milliards de téléspectateurs pour les 51 matchs organisés. Cette singularité engendrera de nombreux impacts logistiques, réglementaires et organisationnels : transports et déplacements des supporters, des délégations sportives, du personnel et des volontaires, veille des différentes réglementations, modifications du règlement de cette compétition, etc. En complément, le secteur de l’assurance connaîtra également quelques perturbations.

L’assurance est devenue aujourd’hui un partenaire incontournable dans l’organisation des événements sportifs. Couvrir les risques inhérents à un méga-événement est l’affaire de spécialistes : courtiers, assureurs, réassureurs et risk managers travaillent ensemble pour amenuiser au maximum le risque de survenance de sinistres et prévoir une couverture adaptée en cas de réalisation. Tous les paramètres liés à la multiplicité de pays doivent être étudiés et mesurés pour créer un programme d’assurance sur mesure. À compétition sportive d’ampleur, programmes d’assurances hors normes. Cet Euro apparaît donc comme un enjeu nouveau et une opportunité pour la profession.

Un modèle assurantiel inspiré des précédents championnats d’Europe de football

Ces compétitions hors normes présentent de nombreux risques, qui peuvent être similaires si l'on compare, par exemple, la Coupe du monde et l’Euro, puisqu’il s’agit du même sport. Néanmoins, le nombre et la nature des risques peuvent varier en fonction de l’endroit où se déroule l’événement, de l’épreuve ou du nombre de spectateurs. Les Jeux Olympiques comportent en effet plus de risques à couvrir (de 500 à 1 000 risques potentiels) par rapport à une compétition de football (environ 500). Le marathon, le cyclisme ou l’aviron, par exemple, se déroulent dans des lieux ouverts et donc plus difficiles à sécuriser, en comparaison avec un match de football qui se déroule dans un stade. Ces risques détiennent une matière assurable recherchée par des spécialistes de l’assurance de plus en plus nombreux.

Pendant de longues décennies, le marché des Lloyd’s [1] fut le seul protagoniste à proposer d’assurer les événements sportifs. Il s’est construit une solide réputation en la matière. Certains courtiers ont, depuis, également développé une expertise dans le domaine sportif. C’est le cas notamment de Marsh, Aon, Gras Savoye ou encore Henner Sports. Pour le football, à l’occasion de la Coupe du monde et de l’Euro, on retrouve très souvent Marsh pour la partie liée au management des risques et Aon ou le grand courtier sportif allemand, Himmelseher Sportversicherungen Weltweit, pour la partie assurantielle. Le courtier a la charge de créer un programme assurantiel sur mesure pour l’organisation de la compétition. Il va donc faire le lien entre les assureurs qui proposent les couvertures et les organisateurs qui souhaitent s’assurer moyennant le paiement d’une prime.

Le rôle essentiel du risk manager

Pour cet Euro 2020, le courtier doit avoir des représentants dans chaque pays. Or, les courtiers représentés dans tous les pays organisant cette compétition ne sont pas légion. Le courtier en charge de ce championnat d’Europe réalisera, dans un premier temps, la cartographie des risques inhérents à la compétition. Ce sera aux risk managers et à leurs équipes d’identifier les différents risques. Cette cartographie permet d’anticiper, de quantifier et de mieux comprendre les risques auxquels ils seront exposés. La préparation de cette première étape débute dès la fin de la précédente compétition, c’est-à-dire quatre ans environ avant le début du nouveau Championnat d’Europe. Ensuite, le courtier placera chaque risque, allant de la responsabilité civile à l’annulation, en passant par la couverture des infrastructures et de l’ensemble des personnes mobilisées pour l’événement, auprès d’assureurs internationaux et locaux. Chaque contrat sera fait sur mesure afin de coller au plus près au risque de sinistre.

Enfin, le risk manager apportera également un rôle de conseil à la gestion de crise en simulant des situations d’urgence. Les équipes du courtier resteront en veille durant toute la compétition et accompagneront les organisateurs en leur faisant bénéficier de leur expertise dans la gestion des risques. Afin de couvrir au mieux les différents risques encourus, les assureurs vont utiliser de nombreuses techniques assurantielles dans le but d’amenuiser au maximum ces risques.

Une compétition de football se gère à travers deux pans : le premier concerne l’identification des risques inhérents au déroulement du tournoi et le second, la couverture d’assurance choisie pour faire face à ces risques. Les techniques assurantielles déployées peuvent revêtir plusieurs facettes : la coassurance, la réassurance, le recours aux assurances locales ou encore l’auto-assurance. Elles vont se compléter et permettre de mettre en place un programme assurantiel efficace.

Une co-organisation et des obligations contractuelles et réglementaires

Pour l’Euro 2016, l’UEFA a d’ailleurs prévu dans son programme définissant les règles de fonctionnement de la compétition, que les différents acteurs (fédérations, sociétés organisatrices, joueurs, etc.) assurent leurs propres risques comme le mentionne, ci-dessous, sa « European pyramid of insurance cover » [2] . Ces règles seront identiques à celles utilisées pour le prochain championnat de football. On y découvre notamment qu’un contrat d’organisation est passé avec l’association organisatrice française pendant l’Euro 2016. Ce système de co-organisation est le même que celui utilisé pour la Coupe du monde entre la FIFA et la structure organisatrice ad hoc ou encore le Comité International Olympique (CIO) et le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques (COJO). Ce contrat sera la clef de lecture des obligations assurantielles afférentes à la compétition. En mettant en place ce contrat, l’UEFA oblige les différentes parties à se couvrir et se décharge ainsi des responsabilités des co-organisateurs, des délégations ou des participants qui seraient précisées au contrat.

Une collaboration entre assureurs et risk managers qui porte ses fruits

L’organisation du modèle assurantiel d’un méga-événement sportif regroupe systématiquement quatre garanties souscrites : la garantie responsabilité civile qui est obligatoire, la police annulation, la police pour la protection des personnes (individuelle, accident, assistance et rapatriement) et la garantie dommages aux biens. D’autres garanties peuvent également être prévues dans le contrat : absence d’une vedette ou d’une personne clef, une responsabilité civile mandataires sociaux, l’assurance contre l’interruption de la retransmission télévisée, une couverture contre le kidnapping, etc. La cartographie de tous ces risques permet de mettre en place des moyens de prévention et de sécurité efficients dans la gestion des risques.

Devant la réussite des précédentes compétitions de football, les organisateurs de cet Euro 2020 ont donc tout intérêt à adopter un programme similaire. En effet, les ratios de sinistralité liés à ces événements sont très bons et permettent de constater que la gestion assurantielle d’un tournoi européen de football est rentable pour la profession. Face aux moyens de préventions et de sécurité mis en place par les organisateurs, couplés à l’expérience dans la gestion et l’organisation des assureurs et de l’UEFA, les sinistres à forte sévérité sont finalement très rares. De plus, les sinistres de fréquence ne sont pas toujours pris en charge par les assureurs à cause des franchises inscrites sur les contrats qui freinent les organisateurs. Selon Patrick Vajda [3] , le ratio de sinistralité des compétitions de football est en amélioration constante et est généralement compris entre 20 et 25 %. Pour la Coupe du monde 2018 en Russie, ce ratio avoisinait 10 %. En effet, les organisateurs n’ont pas souhaité faire appel aux assureurs pour l’indemnisation de sinistres. Cela ne s’explique pas forcément par le fait qu’il y ait eu moins de sinistres pendant cet événement, mais bien par le fait que les organisateurs russes ont fait en sorte de conserver les sinistres à leur charge pour éviter de les déclarer et risquer d’impacter l’image de leur Coupe du monde.

Le recours à l’assurance s’avère donc primordial pour couvrir les intérêts financiers de l’UEFA et des organisateurs, ainsi que l’image de toutes les parties prenantes. Toutefois, les spécificités de cet Euro organisé dans douze pays engendreront un programme assurantiel sur mesure qui divergera sur différents points par rapport aux précédentes éditions.

Cette situation singulière engendra des conséquences assurantielles importantes. « Ce ne sera pas la fête d'un pays, ce sera la fête d'un continent. On voit plus grand, on voit aussi plus solidaire. » Ce propos de Michel Platini, ex-président de l’UEFA, contraste fortement avec ce que pense le nouveau président de l’UEFA, Aleksander Čeferin : « D’un côté, comme symbole, c’est bien d’avoir cette compétition paneuropéenne, mais c’est compliqué. […] Le pays hôte n’est pas automatiquement qualifié… Ça change tout. […] Le problème, c’est surtout qu’il y a différentes juridictions, des pays de l’Union Européenne, d’autres qui n’en font pas partie. […] C’est un challenge. Je doute qu’on le refasse dans le futur. » En effet, cet Euro ne laisse pas insensible et comporte autant de promoteurs que de détracteurs.

Une situation inédite qui engendre des conséquences assurantielles importantes

La situation singulière de cet Euro 2020 présente de nombreux enjeux nouveaux pour le secteur de l’assurance. Divers paramètres, comme l’absence d’expérience d’organisation pour certains pays, doivent être pris en compte par le courtier et le risk manager en charge de l’opération, afin de mener à bien la stratégie assurantielle de cet Euro dans 12 pays.

Sur 19 candidatures reçues, l’UEFA a choisi de retenir des villes en mesure d’offrir une mémorable fête du football à travers le continent et de donner à quelques pays et villes la possibilité de faire partie d’un tournoi qu’ils n’auraient pas été en mesure d’accueillir autrement [4] . Certains pays n’auraient jamais été en mesure d’organiser un Euro seul ou en duo, dans la mesure où les infrastructures ne sont pas suffisantes et l’expérience souhaitée pour accueillir le 3e plus grand événement planétaire sportif n’est pas au rendez-vous. Seulement six pays sur douze ont déjà organisé seul ou en duo une compétition de football. L’Azerbaïdjan, la Roumanie, la Hongrie, l’Irlande, le Danemark et l’Ecosse n’ont jamais été pays hôtes. En outre, les villes accueillantes n’affichent pas le même niveau d’exposition aux risques et certains risques propres à des villes comme Bakou par exemple ne se retrouveront pas à Munich ou Bilbao, comme les risques géopolitique ou météorologique par exemple.

Des acteurs inexpérimentés

Quand on parle d’expérience, on pense surtout aux moyens de sécurité mis en œuvre par les villes et les forces de police. Dans ce domaine, plusieurs éléments sont à prendre en considération par les assureurs [5] qui proposeront des polices et des primes différentes en fonction du pays : les effectifs de police prévus pour sécuriser l’événement, leur réputation, l’existence de sociétés privées de sécurité, les moyens de télésurveillance ou les aires de restriction pour assurer la sécurité des athlètes. En termes de primes d’assurances, il sera nécessaire de se rapprocher des différents assureurs locaux afin de connaître leurs tarifications qui varieront d’un pays à l’autre. En effet, plusieurs facteurs vont impacter la prime : le nombre de matchs organisé dans le pays, l’importance du match (un match en phase de groupe [6] aura une importance moindre par rapport aux demi-finales ou à la finale et ces matchs seront confiés à des pays avec beaucoup d’expérience en la matière), la tarification locale de l’assureur (le prix de l’assurance en Allemagne sera différent du prix en Italie ou en Ecosse) et bien sûr l’expérience du pays et de ses forces de sécurité dans l’organisation d’un tel événement [7] . Le courtier devra donc interroger tous les acteurs locaux afin de connaître leurs tarifs et ainsi bâtir le montage assurantiel. C’est une particularité que nous trouverons sur cet Euro et qui était inexistante lors des précédentes éditions. En effet, l’organisateur choisissait un seul assureur par police avec un seul montant de prime.

D’autres facteurs vont rentrer en ligne de compte concernant la négociation entre le courtier et les assureurs sur le coût de la prime. Les réseaux de transport de chaque pays seront analysés car ils peuvent impacter l’organisation de l’Euro et conduire à une annulation de matchs si les joueurs ne peuvent arriver au stade à temps par exemple. Pour éviter des difficultés relatives à la présence des participants, un réseau de transport dense, rapide et fluide doit pouvoir permettre l’acheminement des acteurs sur les différents sites des rencontres. L’UEFA a donc choisi en majorité des capitales pour accueillir les rencontres car elle sait qu’elles permettent de trouver le meilleur compromis en termes de réseaux de transports. Cette diversité de transports en commun couplée à leur fluidité permet aux organisateurs de ne pas voir les primes d’assurances augmenter significativement. Les capitales fournissent également des aéroports et des autoroutes permettant de faciliter les déplacements. La grande menace pour les organisateurs réside dans les retards qui peuvent faire annuler une rencontre, ce qui occasionnerait des pertes financières conséquentes.

D’autres singularités naîtront de cette multiplicité de pays. Dans le choix de son programme assurantiel sur mesure, le courtier devra réaliser un choix important dans la gestion de la tarification d’assurances. En effet, avec douze pays, il aura plusieurs primes. Il n’y aura pas forcément douze primes différentes mais le courtier sera tout de même confronté à une multiplicité de primes. Les organisateurs n’achèteront pas douze polices d’assurance, ni douze fois le risque lié à un stade où se dérouleront le ou les matchs, et encore moins une police par match, car cela leur coûterait trop cher. L’idée, pour le courtier, est donc d’acheter de « petites » polices locales, par pays, dans lesquelles seront compris les risques garantie corporelle ou dommages aux biens, à hauteur de 5 millions d’euros de limite de garantie par exemple. Le reste serait mis dans une umbrella en Excess, en d’autres termes une police de deuxième ligne où seraient comprises la responsabilité professionnelle ou l’annulation, et qui irait jusqu’à 100, 200, voire 500 millions d’euros. Il est donc nécessaire d’avoir un courtier qui a des représentants dans les douze pays, au moins au niveau de la première ligne d’assurance, afin de couvrir les risques de fréquence. Pour la seconde ligne, un appel à la coassurance reste indispensable, étant donné les montants colossaux en jeu.

La diversité de réglementations

Avoir douze villes hôtes différentes complexifie donc l’analyse du coût des risques, mais une fois que cette analyse est réalisée par le courtier, les suivantes se feront rapidement car elles seront les mêmes que la première. Seuls les montants de primes seront dissemblables. D’autres facteurs inhérents aux pays et à leurs législations sont à mettre en exergue dans la singularité de cet Euro 2020. Bien que la majeure partie des pays hôtes appartienne à la Communauté Européenne ou à l’Espace Économique Européen, chaque pays est régi par ses lois et sa réglementation. Une obligation locale d’assurance est présente dans tous les pays et c’est le risk manager qui aura la charge d’analyser ces situations pour proposer des couvertures efficaces, en concordance avec les obligations réglementaires et à prix acceptable pour l’organisateur. Pour les matchs en Allemagne, il faudra s’assurer auprès d’assureurs locaux allemands. Même constat pour les onze autres pays. Ainsi, une différence de taille est imposée aux organisateurs et au courtier en charge de l’événement puisqu’auparavant, le problème de la législation ne nécessitait pas d’analyse accrue puisqu’une seule loi, éventuellement deux étaient à prendre en compte. Le principal écueil se situe dans la diversité de réglementations de chaque pays. Cette contrainte est importante et l’organisateur ainsi que le courtier doivent se poser les bonnes questions pour éviter de se mettre en défaut avec la loi.

La disparité des systèmes de gestion des sinistres

En outre, la gestion hétérogène des sinistres en Europe viendra également impacter cet Euro dans douze pays. Celui-ci présente la caractéristique de regrouper des pays où les assureurs travaillent sous forme de claims made et d’autres sous forme d’occurrence. La France a la particularité de bénéficier d’un système de couverture faisant partie des meilleurs au monde en termes de responsabilité civile, car c’est l’un des rares pays travaillant sur les deux méthodes à la fois. Ce n’est pas le cas de nos voisins européens, qui ont tendance à utiliser soit l’un soit l’autre. La loi française prévoit qu’en base réclamation (claims made), tous les sinistres intervenus durant la durée du contrat et après la fin du contrat, pendant cinq ans, soient couverts par l’assureur. Cela permet à l’assuré de prolonger sa garantie dans le temps s’il n’a pas déclaré son sinistre pendant la durée du contrat à la suite d’un oubli ou bien s’il n’a pas pu constater le préjudice immédiatement. A contrario, l’occurrence ou la méthode du fait dommageable, est très utilisée aux États-Unis. Elle permet d’aller rechercher la responsabilité d’une entreprise 40 ans après le fait générateur du sinistre dans la mesure où l'on ne prend pas en compte la date à laquelle le sinistre s’est déclaré, mais la date à laquelle il est constaté.

Il n’existe pas d’uniformisation du système de rattachement des sinistres en Europe. Les lois nationales prévoient pour la plupart de laisser l’assureur décider de la méthode qu’il souhaite utiliser pour l’indemnisation des sinistres. En effet, dans la mesure où ce sont les lois nationales de chaque pays qui vont primer, le courtier et les organisateurs seront dans l’obligation de se couvrir en responsabilité civile dans chaque pays, en appliquant les termes du contrat local et en s’adaptant aux mœurs utilisées en matière de rattachement des sinistres. L’International Bar Association Insurance Committee et l’Expert Group on European Insurance Contract Law Meeting reprennent les obligations légales dans plusieurs pays concernés par cet Euro. Pour l’Allemagne, la Belgique et la Bulgarie par exemple, la méthode usitée est l’occurrence, bien qu’en Allemagne, le législateur prévoie de laisser l’assureur utiliser, s’il le souhaite, la méthode du claims made. Pour le Danemark, l’Italie, l’Angleterre, l’Irlande et l’Ecosse, c’est la méthode du claims made qui est employée. Pour l’Espagne, la réglementation prévoit que les deux méthodes peuvent être choisies mais les assureurs espagnols préfèrent néanmoins le claims made selon les rapports nommés ci-dessus [8] . Par conséquent, les compagnies d'assurance vont devoir adapter leurs contrats et recalculer le prix de la prime pour les polices de responsabilité civile en occurrence, car l'assurance liée aux faits dommageables est plus chère [9] .

Un programme assurantiel bâti sur mesure

La situation unique de l'Euro 2020 présente donc de nombreux enjeux nouveaux pour le secteur de l’assurance. Divers paramètres doivent être pris en compte par le courtier et le risk manager en charge de l’opération afin de mener à bien la stratégie assurantielle de cet Euro dans douze pays. Le risk manager aura un rôle essentiel à jouer dans la réussite de cette stratégie puisqu’il devra prendre en compte les risques liés aux situations exclusives des pays. Il devra également veiller à anticiper les nouveaux risques contemporains qui pourront venir impacter le bon déroulement de la compétition. L’actualité a une importance capitale dans l’organisation des tournois de football et les organisateurs restent tributaires des circonstances conjoncturelles qui peuvent se présenter avant le début de la compétition. Le risk manager devra voir cet Euro sous un prisme nouveau, en engageant une réflexion autour de sa contemporanéité et des risques qui pourront se présenter. L’actualité devra être analysée sous la forme de risques indépendants à la compétition mais qui pourront entraver le bon déroulement des matchs : Brexit, aspect géopolitique de pays comme l’Azerbaïdjan ou la Russie, crises et conflits entre pays, manifestations, etc.

Enfin, cet Euro, qui devrait être le plus rentable de l’histoire en termes de revenus et de retombées médiatiques, sera une vitrine pour les amoureux de football mais également la cible potentielle de risques éminents ou émergents. Le risque réputationnel en fait partie. La réputation est un atout précieux pour chaque entreprise. Dans le cas de l'Euro 2020, chaque image, geste ou événement négatif pourrait impacter défavorablement l’UEFA, les organisateurs, les pays mais également les athlètes et les fédérations. Selon une étude publiée en 2016 par le courtier Marsh [10] , les entreprises sondées évaluent le risque de réputation comme aussi important que l'annulation de la manifestation ou la gestion de crise. L’aspect réputationnel peut également être mis à mal à la suite d’événements malveillants, comme la cybercriminalité ou le piratage de la billetterie.

Malgré les nombreuses similitudes avec les autres compétitions sportives, la multiplicité de pays en fera un événement hors du commun. Le modèle assurantiel existant perdurera, tout en évoluant, afin de faire face aux nombreuses spécificités de cette édition. Le risk manager en charge de la compétition devra mettre en place une stratégie de gestion et de management des risques préventive et proactive pour assurer la réussite de ce tournoi unique qui ne se reproduira probablement jamais.

 

1 Définition du Lloyd’s : marché de l'assurance britannique créé en 1688 dans lequel des assureurs se réunissent pour souscrire conjointement des risques.
2 Thierry Gouby, « Les assureurs restent sur la touche », La tribune de l’assurance n°202, mai 2015.
3 Patrick Vajda a couvert pour plusieurs grands courtiers d’assurance des dizaines d’événements sportifs, en tant que risk manager : Coupe du monde, Jeux Olympiques, Euro de football, compétitions de golf, compétitions d’escrime, etc.
4 Citation de Michel Platini : « Où aura lieu l’Euro 2020 », Cnews, Guillaume Filleul, mars 2019, https://www.cnews.fr/sport/2019-03-26/ou-aura-lieu-leuro-2020-715542.
5 https://www.atlas-mag.net/article/l-assurance-des-evenements-sportifs.
6 Match en phase de groupe : il s’agit de l’épreuve durant laquelle chaque pays rencontre successivement chacun de ses adversaires présents dans le même groupe. Cette phase intervient avant les matchs à élimination directe.
7 Retranscription écrite de l’entretien avec Patrick Vajda, Risk manager chez Marsh et maintenant chez Siaci Saint Honore.
8 « The impact of local law on claims made policies, and the issues of late notification of claims and circumstances and time bars », International Bar Association Insurance Committee, 2008.
9 Expert Group on European Insurance Contract Law Meeting, September 2013, discussion paper 5: liability insurance.
10 Etude Marsh sur les risques les plus importants pour les entreprises : http://uk.marsh.com/Portals/18/Documents/European%20Sports%20and%20Events%20Risk%20and%20Insurance%20Benchmarking%20Survey%20Report.pdf.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº391
Notes :
1 Définition du Lloyd’s : marché de l'assurance britannique créé en 1688 dans lequel des assureurs se réunissent pour souscrire conjointement des risques.
2 Thierry Gouby, « Les assureurs restent sur la touche », La tribune de l’assurance n°202, mai 2015.
3 Patrick Vajda a couvert pour plusieurs grands courtiers d’assurance des dizaines d’événements sportifs, en tant que risk manager : Coupe du monde, Jeux Olympiques, Euro de football, compétitions de golf, compétitions d’escrime, etc.
4 Citation de Michel Platini : « Où aura lieu l’Euro 2020 », Cnews, Guillaume Filleul, mars 2019, https://www.cnews.fr/sport/2019-03-26/ou-aura-lieu-leuro-2020-715542.
5 https://www.atlas-mag.net/article/l-assurance-des-evenements-sportifs.
6 Match en phase de groupe : il s’agit de l’épreuve durant laquelle chaque pays rencontre successivement chacun de ses adversaires présents dans le même groupe. Cette phase intervient avant les matchs à élimination directe.
7 Retranscription écrite de l’entretien avec Patrick Vajda, Risk manager chez Marsh et maintenant chez Siaci Saint Honore.
8 « The impact of local law on claims made policies, and the issues of late notification of claims and circumstances and time bars », International Bar Association Insurance Committee, 2008.
9 Expert Group on European Insurance Contract Law Meeting, September 2013, discussion paper 5: liability insurance.
10 Etude Marsh sur les risques les plus importants pour les entreprises : http://uk.marsh.com/Portals/18/Documents/European%20Sports%20and%20Events%20Risk%20and%20Insurance%20Benchmarking%20Survey%20Report.pdf.