Quels sont les principaux changements concernant les usages de paiement dans les entreprises qui travaillent en BtoC ?
Sur la partie encaissement, c’est-à-dire la façon dont payent les clients finaux des entreprises BtoC en France, la tendance de fond de ces dernières décennies reste le passage du chèque à la carte bancaire : l’usage du chèque est en forte décroissance, alors que la carte est désormais le moyen de paiement le plus important et celui qui se développe le plus vite en volume. La carte représente plus de la moitié des paiements en France et elle atteint même plus de 80 % des encaissements dans la grande distribution. Son taux de croissance de 7 à 8 % par an en France est d’autant plus impressionnant qu’il s’appuie sur une assiette importante.
Si l’on se concentre sur l’utilisation de la carte bancaire, il faut noter l’explosion du paiement sans contact, qui représente aujourd’hui près de 20 % des encaissements, et le fait que 99 % des paiements sans contact se font par carte.
Le décollage du paiement sans contact via le téléphone mobile reste encore à venir. Il sera soutenu par les solutions technologiques qui arrivent sur le marché. Aujourd’hui, sa croissance est très rapide mais sur une assiette encore réduite. Quant à la demande des consommateurs français d’utiliser le paiement mobile, elle reste encore modeste. La plupart des commerçants ont néanmoins un agenda digital pour enrichir les parcours clients et fidéliser leur base de clientèle avec des applications sur mobile. Cette tendance se traduit par le développement de solutions de paiement par wallet de la part des enseignes de la grande distribution qui les intègrent leurs programmes de fidélité.
Une autre tendance est à relever pour les entreprises qui travaillent avec une clientèle étrangère et qui doivent s’adapter aux usages de ces derniers. Ainsi, les touristes chinois, dont le nombre a fortement augmenté au cours de ces dernières années en France, arrivent avec leurs propres méthodes de paiement (Unionpay sous forme de carte, ou WeChat pay et Alipay sous forme de d’applications mobiles). Ainsi le paiement par mobile s’est rapidement développé dans les paiements des touristes chinois en France, conduisant les enseignes concernées à s’équiper en conséquence.
Pour être complet sur le BtoC, mentionnons également les grands facturiers, assureurs, ou services de transport qui, historiquement, utilisent beaucoup le prélèvement pour leurs encaissements. Aujourd’hui, ils complètent la gamme de leurs services de paiement grâce à des solutions de e-commerce afin de permettre à leurs utilisateurs de payer à distance par carte. Autre tendance en fort développement : les formules par abonnement, qui permettent d’enrichir les offres des commerçants notamment pour gérer les accès illimités aux services sous-jacents.
Si l’on regarde le volet des paiements, c’est-à-dire la manière dont les entreprises payent, les évolutions sont moins sensibles : elles payent de plus en plus par virement, au détriment du chèque et des effets de commerce, et s’orientent fréquemment vers les solutions de back-offices centralisés, sous forme de payment factories, qui prennent en charge la gestion de la totalité des moyens de paiements, y compris pour le compte de leurs filiales.
Qu’en est-il du virement instantané ?
L’instant payment a démarré fin 2018 avec des volumes qui restent encore aujourd’hui limités. Nous sommes dans la phase de rodage. L’instant payment a des usages à la fois pour les paiements et pour les encaissements, tant pour les entreprises que les particuliers.
Les premiers cas d’usage devraient se développer autour des paiements de personne à personne à travers Paylib et pour les paiements des entreprises en BtoC pour remplacer les virements classiques. Les services d’encaissement vis-à-vis des consommateurs arriveront probablement dans un deuxième temps : ainsi, au lieu d’utiliser ses données de carte bancaire, le client paiera en donnant un alias de son IBAN, ce qui permettra au site de e-commerce d’initier par le biais d’un instant payment le débit instantané du compte bancaire de son client.
À date le paiement par téléphone mobile et le paiement instantané doivent être suivis moins à travers les volumes qu’ils représentent que par leur dynamique. Tous les acteurs essaient de se positionner pour être prêts lorsque ces nouveaux usages vont réellement décoller. N’oublions pas que le paiement sans contact par carte a mis près de 10 ans à s’imposer dans notre quotidien. Quand les banques l’ont annoncé, pas grand monde n’en voulait, certains pensant que c’était dangereux, d’autres que cela ne servait pas à grand-chose… Comparativement, le paiement par téléphone mobile et l’initiation d’un paiement instantané par une FinTech posent des questions d’information du consommateur beaucoup plus délicates.
Comment se positionne le groupe BNP Paribas sur ces différentes évolutions ?
Nous avons beaucoup investi sur le paiement sans contact et nous investissons aussi massivement sur le paiement mobile : nous avons notamment participé à la création de Paylib, qui permet à la fois des paiements mobiles en proximité, en e-commerce et en PtoP. Nous sommes aussi engagés dans un projet très innovant, à travers notre filiale Lyf Pay, aux côtés de Crédit Mutuel CIC. Lyf Pay a notamment pour but de favoriser le paiement mobile en intégrant de manière fluide pour le consommateur les cartes de paiement, mais aussi les programmes de fidélité et offres des commerçants.
Nous avons développé une plateforme de paiement instantané qui couvre toute l’Europe, que nous ouvrirons progressivement en fonction du rodage du système, pour que les entreprises et les particuliers puissent l'utiliser à leur gré.
Enfin, nous avons installé Alipay et WeChat Pay chez nos grands clients ayant une clientèle chinoise importante, afin qu'ils soient en mesure de leur proposer ces moyens de paiement familiers (voir supra).
Quelle concurrence représentent les FinTechs pour les groupes bancaires dans le domaine des paiements des entreprises en BtoC ?
Les FinTechs qui sont positionnées uniquement sur des services de paiement aux particuliers restent assez encore peu impactantes sur le marché des paiements : ce sont encore aujourd’hui les banques qui opèrent principalement les paiements, y compris les paiements mobiles.
Il existe deux grandes manières de faire du paiement, que nous appelons dans notre jargon « 4 ou 3 coins » :
- le modèle 4 coins est celui des banques en général : il englobe le client, son fournisseur et leurs banques respectives ; il est possible d’effectuer les paiements quelles que soient les deux banques concernées. Le paiement mobile 4 coins utilise les grands réseaux d’acceptation comme CB et se déploie notamment à travers des offres comme Paylib ou Apple Pay ;
- dans un système 3 coins, qui est souvent celui des FinTechs comme LyfPay ou Lydia, le client et le commerçant doivent ouvrir un compte auprès du fournisseur de service de paiement, et les paiements réalisés dans ces systèmes ne passent pas par les banques. Toutefois, ces paiements restent encore marginaux par rapport à ceux qui se traitent dans le modèle 4 coins.
Enfin, une dernière forme de concurrence vient non pas des FinTechs, mais des grands distributeurs, qui émettent depuis longtemps leurs propres cartes de fidélité et qui cherchent de plus en plus à les migrer vers les systèmes de paiement mobile.
Qu’en est-il des GAFA ?
Apple a lancé Apple Pay avec l’idée d’enrichir les services disponibles sur iPhone et générer de nouveaux revenus. Le modèle Google Pay est assez proche : fournir la possibilité d’utiliser les instruments de paiement émis par la banque dans l’ecosystème Google, afin de payer aussi bien dans les magasins avec son téléphone Android que sur internet. Le business model est plutôt basé sur la valorisation des données. Il est important pour les banques de pouvoir intégrer dans leurs offres l’accès à ces écosystèmes.
Ces évolutions impactent-elles le business model des paiements pour une banque comme BNP Paribas ?
Le business model des paiements des banques a été beaucoup impacté par les évolutions réglementaires, notamment au niveau européen : pour le change, les jours de float ont ainsi été supprimés et les commissions d’interchange réduites.
Au-delà du réglementaire, c’est bel et bien la technologie et les usages qui constituent le grand défi pour le business model des banques. Par exemple une moindre utilisation de la carte au profit de l’instant payment, dont le business model est différent de la carte, affectera celui des banques.
Globalement, la tendance est de faire baisser le prix des moyens de paiement pour les particuliers. Aussi l’enjeu est d’inventer d’autres façons de valoriser les paiements, probablement à partir des données.
C’est d’ailleurs sur ces tendances de gratuité que se positionnent les FinTechs et les néobanques qui font de la gratuité des cartes et des services un argument, sans avoir pour autant toujours un business model sous-jacent.
En définitive, nous passons d’un monde où la recherche de productivité et d’efficacité des moyens de paiement était centrale, à un monde où il faut innover beaucoup plus, afin d’accompagner la transformation digitale de nos clients entreprises.