L’extension de l’univers du risque

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Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°307

ENASS PAPERS 3 : L’extension de l’univers du risque

Je suis très heureux de préfacer ce troisième numéro des ENASS Papers. D’abord, parce que ce numéro, par son existence même, installe notre publication dans la pérennité : il montre que nous ne manquons ni d’auteurs, ni d’études sur les risques, le marketing de l’assurance, le management des entreprises, la gestion d’actifs, voire le risque systémique. Ensuite, parce que ce numéro est quasi exclusivement construit sur la base des mémoires des étudiants de l’ENASS, Mastère, MBA et CHEA. Dans la crise financière actuelle, l’assurance opère un grand retour vers ses fondamentaux techniques et s’interroge sur l’assurabilité des nouveaux risques. Il est donc particulièrement rassurant pour l’avenir de nos métiers de voir l’intérêt que les jeunes acteurs de l’assurance portent à l’évolution des techniques de couverture des risques, plus qu’aux innovations dans la gestion des actifs.

Ce numéro 3 est placé sous le signe de la technique assurancielle, de la créativité (ou de l’innovation), des évolutions dans les méthodes managériales, et – naturellement – de la directive Solvabilité 2.

Promouvoir l’assurabilité de risques nouveaux

L’ambition initiale des ENASS Papers est de contribuer à la recherche sur l’évolution des produits d’assurances et de leur marketing, en proposant de nouvelles analyses techniques ou des éléments de synthèse sur les réglementations applicables aux risques ou à leur couverture. Les analyses présentées dans ce numéro touchent les domaines les plus divers, des plus nouveaux – comme la dépendance ou l’assurance des œuvres d’art, sans oublier les risques souverains – aux plus traditionnels – comme le risque automobile. Ces travaux contribuent tous à montrer l’extension de l’univers du risque à de nouveaux domaines, l’évolution des risques anciens et les adaptations requises de leur garantie, et à promouvoir l’assurabilité de ces risques nouveaux ou renouvelés, dès lors que les spécialistes parviennent à développer des outils (de cartographie, par exemple) pour analyser et tarifer ces risques émergents.

En attendant Solvabilité 2

Les ENASS Papers témoignent également des réflexions en cours dans les entreprises sur le management des risques. La directive Solvabilité 2 continue d’inspirer nos étudiants et auditeurs du CHEA, en ceci qu’elle modifie en profondeur l’approche de l’exposition au risque des entreprises et la structure des bilans en matière de calcul des provisions, de valorisation des actifs et de niveau et d’allocations optimaux des fonds propres. D’où les travaux sur l’avenir des assureurs vie filiales de banques et ceux sur le rôle retrouvé de la réassurance dans l’allégement des obligations prudentielles de niveau des fonds propres.

De même, l’orientation nouvelle vers la surveillance accrue de l’exposition effective et chiffrée aux risques, et notamment l’exposition des portefeuilles existants aux risques climatiques, mais aussi aux classiques incendie et vol, implique des efforts considérables de conception des outils de modélisation et de représentation de l’exposition aux risques. Les entreprises n’ont manifestement pas fini d’investir dans des systèmes d’information qui permettent demain d’optimiser l’exposition des portefeuilles et de gérer la « comptabilité prudentielle », ou « troisième bilan » que va leur imposer ​Solvabilité 2. Les deux mouvements sont d’ailleurs fortement corrélés, tant l’optimisation de la gestion des fonds propres impose une connaissance fine de l’exposition des portefeuilles aux risques.

Le retour des juristes

Cette livraison montre aussi le retour des juristes dans les travaux de l’École nationale des assurances. Sont étudiées les divergences entre les trois codes de lois qui régissent l’activité d’assurance (Assurances, Mutualité et Sécurité sociale), vingt ans après la loi Évin qui avait justement pour but de les faire disparaître dans le domaine crucial des « assurances collectives » en prévoyance et santé. Leur intérêt s'est également porté sur la création des sociétés de groupe d’assurance mutuelle (SGAM), où l’on voit bien que le législateur a ouvert la voie à des évolutions majeures du secteur, notamment en assurances de dommages, puisque COVEA et la nouvelle SFEREN occupent désormais les premières places dans le classement par chiffre d’affaires des entreprises françaises. Cette véritable restructuration pourrait même entraîner, dans le sanctuaire de la segmentation actuarielle des risques, le risque auto, une révolution, dès lors que la taille des mutualités assurées pourrait rendre inutiles la plupart des caractéristiques du risque utilisées pour la personnalisation du tarif.

Des progrès considérables dans la connaissance des expositions

Enfin, ce numéro invite à considérer que l’univers des risques est en expansion. Les risques souverains sont-ils assurables, dès lors que la crise actuelle en manifeste l’existence, l’ampleur et probablement la récurrence ? En comparaison, l’assurance des œuvres d’art paraît un minuscule marché, mais l’auteur nous en révèle les possibilités de développement, dès lors que les propriétaires se réconcilieront avec une assurance accusée d’être coûteuse et inefficace. Quant au nouveau venu dans l’univers des risques, le risque systémique, désormais partout présent depuis la faillite de Lehmann Brothers, il fallait quelque courage pour démontrer que l’assurance en était indemne : quatre étudiants du MBA s’y sont essayés. Souhaitons qu’ils aient raison !

Ce numéro des ENASS Papers trouverait ainsi son unité de pensée ou au moins d’intention, montrant que les évolutions en cours ou réalisées du Droit des risques, des entreprises, de la réglementation prudentielle nous contraignent à repenser sans cesse l’approche, la sélection, l’évaluation des risques, fussent-ils les plus courants ou les plus marginaux ou encore les plus complexes, en même temps qu’elles nous permettent, par la rénovation ou la création d’outils de gestion, de faire des progrès considérables dans la connaissance des expositions et des modalités de garantie.

Une diversification des moyens

À l’expansion de l’univers des risques répondent clairement l’extension et la diversification des moyens de l’assurabilité par l’assurance de marché, comme le montre bien le « dossier » technique publié sur la dépendance. Encore faut-il que l’ajustement – nécessaire et actuellement en cours – des entreprises aux nouvelles normes prudentielles ne conduise pas, justement, à détourner la créativité des techniciens et actuaires de la satisfaction des besoins du marché vers la seule vigilance sur les portefeuilles, les actifs ou l’allocation optimale des fonds propres. Ce numéro d’ENASS Papers laisse penser qu’il n’en serait rien : croyons aux présages !

 

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