Le nouveau support d’assurance vie « euro-croissance » peut-il convaincre les épargnants ?
En matière d’assurance vie, il est assez rare d’avoir des ruptures comme celle proposée par l’euro-croissance ; et lorsque cela arrive, elles ne sont pas forcément couronnées de succès. Nous trouvons celle de l’euro-croissance très intéressante. Lorsque l’on interroge la clientèle mass affluent, celle qui draine le plus de collecte sur les contrats en euros, 40 % se disent intéressés par le mécanisme. Compte tenu de leur aversion au risque, le fonds général reste fondamental pour eux. Mais ils ont compris que la garantie en capital offerte au quotidien ne leur est pas très utile. En proposant une garantie à partir d’une certaine date – au minimum 8 ans –, l’euro-croissance permet d’accroître l’espérance de rendement par rapport au fonds général. Les clients comprennent qu’en imposant moins de contraintes à l’assureur, ils lui permettent d’aller vers des classes d’actifs offrant potentiellement plus de rendement sur le long terme, sans altérer la garantie du capital à l’échéance. En matière de
BNP Paribas Cardif propose déjà des supports similaires à l’euro-croissance. Répondent-ils à vos attentes ?
Nous avons effectivement lancé notre premier fonds diversifié en 2010. Associé au contrat BNP Paribas Avenir Retraite, ce fonds enregistre aujourd’hui une performance de 5,89 % par an. Nous constatons d’ores et déjà la promesse de l’euro-croissance en matière de performance supérieure au fonds général. Deux ans plus tard, et dans des conditions de marché différentes, nous avons lancé un deuxième fonds diversifié, qui dégage quant à lui une performance cumulée annuelle encore plus élevée, à 8,88 %. Nous avons déjà collecté plus de 800 millions d’euros sur ces trois produits.
Quelle différence y a-t-il entre vos contrats diversifiés et le support euro-croissance ?
L’esprit est le même : le client qui souscrit un contrat diversifié choisit une échéance à partir de 8 ans, au-delà de laquelle il bénéficiera d’une garantie de son capital à hauteur de 100 %. Auparavant, notre support diversifié ne pouvait être détenu aux côtés du fonds général au sein d’un même contrat : nous ne pouvions proposer qu’un contrat mono-diversifié ou un contrat diversifié/UC. Avec l’euro-croissance, cette contrainte se lève. Dans les mois qui viennent, nos contrats diversifiés existants pourront intégrer le fonds général tout en conservant leur
En termes de gestion, nous pouvons constituer une provision collective de diversification différée (PCDD) sur le support euro-croissance. Cela nous donne l’autorisation de mettre de côté chaque année jusqu’à 8 % de la valeur de l’actif afin de lisser les résultats du fonds. Si nous anticipons de la volatilité sur les marchés, nous pouvons ainsi faire le choix de ne pas distribuer tous les gains et de réinjecter progressivement de la performance plus tard. Des mécanismes similaires de lissage sont utilisés pour les supports en euros. C’est une bonne chose, car la régularité de performance est très importante pour l’assuré, tant financièrement que psychologiquement.
Lorsque le législateur a créé l’euro-croissance, il a aussi cherché à apporter une réponse aux contraintes prudentielles qui pèsent sur les assureurs. Qu’est-ce qui change concrètement ?
Le principe – qui n’est pas gravé dans le marbre – veut que la consommation en fonds propres soit moindre pour un fonds diversifié que pour un fonds général, du fait qu’il n’est pas nécessaire de garantir le capital à tout moment. Dans des situations de marché extrêmes, l’assureur doit pouvoir couvrir cet engagement sur les fonds en euro avec ses fonds propres. Des crises comme celle des subprime coûtent donc très cher en fonds propres à un assureur pour une clause de garantie à tout moment, que l’assuré n’exige finalement pas. Dans le cas d’un support en UC, la question ne se pose pas, car le risque de fluctuation est intégralement porté par le client.
Simultanément, Solvabilité 2 pénalise l’investissement dans certaines classes d’actifs comme les actions. Cela ne vient-il pas compenser l’avantage tiré de la levée de la garantie permanente ?
Certes, la charge en capital augmente si l’on accroît la part des actions dans le fonds. Mais la contrainte sur la garantie du capital est plus forte que cette exposition au risque action. C’est ce que nous avons constaté sur nos contrats diversifiés, qui réduisent un peu l’exigence en capital qui nous est demandée, à la fois sous Solvabilité 1 et Solvabilité 2.
Les supports euro-croissance sont-ils plus complexes en termes de modélisation du risque ?
Ce type de contrats impose de réinventer la chaîne d’analyse du passif. Il faut comprendre quelles seront les exigences des clients de l’euro-croissance pour pouvoir gérer l’actif en conséquence. C’est un nouveau paradigme pour l’assurance vie et ce n’est pas forcément simple à modéliser. Pour mettre en place ce type de produit, il faut prendre un peu d’élan. Nous nous y sommes attelés il y a quatre ans et nous avons acquis une certaine expérience. Aujourd’hui, nous nous sentons à l’aise avec ce produit.
Selon vous, à côté des fonds en euro, d’où vont provenir les fonds qui seront orientés demain vers l’euro-croissance ?
Beaucoup d’épargnants utilisent des produits court terme tels que les livrets comme support de placement à long terme. Avec des rendements de l’ordre de 1 % pour le Livret A et les livrets bancaires, et avec des performances de l’euro-croissance de 5,89 % ou de 8,88 % dans notre cas, je pense que cela va interpeller ce type de clientèle. Une partie de cette « fausse » épargne de court terme va se tourner vers l’euro-croissance, ce qui permettra de réinjecter de l’épargne longue dans l’économie française qui en a besoin.
Lancer les fonds euro-croissance en période de taux bas n’est-il pas problématique (Lire article de C. Chartier-Kastler) ?
Nous nous sommes posé la question il y a quatre et deux ans, alors que les taux étaient déjà bas, et nous avons décidé de nous lancer. Nous avons eu raison puisque nous avons dégagé des performances supérieures. Quand les taux sont bas, il est vrai que les marges de manœuvre sont