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Épargne retraite : lutter contre les idées fausses

Créé le

16.04.2018

-

Mis à jour le

26.04.2018

Perçu comme risqué, l’investissement en actions est en réalité le plus sûr pour préparer le départ en retraite. Quant à la rente viagère, les Français n’ont pas conscience de tous les avantages qu’elle présente. Tour d’horizon des points à améliorer pour favoriser l’épargne retraite.

Un objectif majeur de la loi PACTE est d’orienter l’épargne vers le financement des entreprises, notamment en fonds propres, donc en actions. Atteindre cet objectif est une nécessité pour l’économie française.

L’épargne des ménages français est encore largement investie dans des placements considérés comme sûrs, livrets d’épargne, fonds monétaires, fonds euros dans l’assurance vie. Les motivations de cette épargne sont multiples : d’abord se prémunir des « coups durs », ensuite préparer un investissement, généralement acheter sa résidence principale, et enfin préparer sa retraite.

Pourtant, les rendements de cette partie de l’épargne n’ont pas cessé de baisser depuis de nombreuses années. La baisse s’est accélérée depuis 4 ans, avec la baisse générale des taux d’intérêt. Une partie des placements « sûrs » ne rapporte plus rien, voire coûte à l’épargnant.

Cet article se concentre sur l’épargne constituée en préparation de la retraite car, pour investir en actions, il faut avoir du temps, un horizon de placement long. C’est l’horizon de la retraite qui est bien le plus lointain et donc le plus adapté à l’investissement en actions.

Un besoin fondamental

Lorsque les régimes de retraite obligatoires ont été mis en place, juste après la seconde guerre mondiale, l’âge officiel de départ à la retraite a été fixé à 65 ans alors que l’espérance de vie à la naissance était de 64 ans.

Sur les 60 dernières années, l’espérance de vie a augmenté de 20 ans. Elle continue d’augmenter à ce rythme.

Le taux de remplacement des revenus à la retraite par les régimes obligatoires a donc logiquement baissé. On se référera aux travaux du COR pour comprendre tous les paramètres de ces évolutions. Finalement, l’équilibre entre cotisants et retraités en est l’illustration la plus parlante : on est passé de 4 cotisants pour un retraité en 1960 à 1,5 cotisant pour un retraité en 2016 (chiffres du régime général d’assurance vieillesse), et ce mouvement va se poursuivre.

La conséquence est que si les futurs retraités veulent maintenir un taux de remplacement constant, ils doivent épargner pour construire un complément de revenus plus tard.

Les épargnants ont plusieurs types de placement à leur disposition pour construire ce revenu complémentaire :

  • individuellement, ils disposent des PERP (accessibles à tous), des Madelin (pour les non-salariés), et de contrats créés à l’origine pour des catégories spécifiques de salariés, le plus célèbre est PREFON (accessible aux fonctionnaires). L’assurance vie classique est aussi un véhicule utilisé pour préparer la retraite. On estime souvent qu’un tiers des contrats d’assurance vie a cet objectif ;
  • collectivement, dans le cadre des entreprises et pour les salariés : le PERCO (plan d’épargne pour la retraite collectif), produit d’épargne salariale créé en 2006 destiné à épargner jusqu’au départ en retraite, et le PERE (plan d’épargne retraite entreprise) produit d’assurance collective. Toutes les entreprises ne proposent pas à leurs salariés ces plans de préparation à la retraite ; la loi PACTE pourrait prévoir leur généralisation.
Sauf le PERCO qui est un compte d’épargne financière, tous ces produits sont des contrats d’assurance.

L’essor de l’ensemble de cette épargne en vue de la retraite est assez récent et les montants aujourd’hui accumulés sont loin d’atteindre les niveaux de l’assurance vie (voir Tableau 1).

Si l’on considère qu’un tiers de l’assurance vie a pour horizon la retraite, alors ce sont environ 540 milliards d’euros qui sont concernés et pourraient être placés à long, voire à très long terme. Or, la grande majorité de ces 540 milliards d’euros est encore placée en fonds euros, eux-mêmes largement investis en obligations. Ce stock de 540 milliards forme une forêt qui cache l’arbre des contrats les plus récents : les nouveaux PERP et PERE mais aussi les nouveaux contrats d’assurance vie qui s’investissent pour 30 % à 40 % en actions. C’est cette évolution récente qu’il faut renforcer, notamment avec la loi PACTE.

Et ce n’est qu’en favorisant une réorientation du stock sur un investissement de long terme que l’on apportera des montants significatifs vers les fonds propres des entreprises

L’épargne retraite face à des paradoxes

Qu’est-ce qu’un produit de retraite ? La question paraît simple et la réponse va nous mener vers les paradoxes de la suite de l’article : le vrai risque et la longévité.

La réponse pourrait être apportée par le célèbre monsieur de la Palisse : c’est un produit qui va permettre de compléter les revenus après le départ en retraite. De notre côté, nous n’allons pas ignorer les questions que suscite cette réponse : revenus sous forme de rente viagère ? besoin plutôt d’acheter une résidence secondaire ? complément de revenus tout de suite ou plus tard ? et la dépendance ? etc.

Le vrai risque

Selon la perception générale, le risque d’un placement, c’est que sa valeur baisse. Et les actions ça peut baisser, parfois même beaucoup. Donc les actions, c’est risqué.

Mais quand on prépare sa retraite, on a un horizon de placement de 10, 20, voire 30 ans. Donc la baisse de valeur possible demain, dans trois mois ou à la fin de l’année n’est pas un critère important.

Les produits disponibles de préparation à la retraite bloquent effectivement l’épargne jusqu’à la retraite, donc le vrai risque, c’est de ne pas avoir assez valorisé son épargne au moment où l’on en aura besoin, c’est-à-dire au départ en retraite. Notamment de n’avoir pas pu se protéger de l’inflation pour maintenir un pouvoir d’achat. Pour y arriver, le seul placement viable sur le long terme ce sont les actions, dont la valeur globale augmente au rythme de la croissance économique. Et plutôt les actions des entreprises petites et moyennes, dont la croissance est plus forte que celle des grandes entreprises.

Est-ce que la valeur de l’épargne peut baisser d’une année à l’autre ? Oui ! Et cela peut même faire peur. Mais c’est bien la valeur dans 10, 20 ou 30 ans qui va compter.

Et que dirons-nous si la Bourse baisse de 40 % la veille du départ en retraite ?? La gestion pilotée apporte la réponse, on ne vend pas toutes les actions au moment du départ en retraite, on vend progressivement sur plusieurs années avant le départ en retraite. Et si on a la sagesse de choisir une rente viagère, on peut même continuer à avoir des actions en portefeuille, puisque l’espérance de vie à 65 ans est de plus de 20 ans, l’horizon est donc encore très long.

Comment cela, la sagesse de choisir une rente viagère ? Nous voici au second paradoxe !

La longévité

Nous espérons tous vivre très longtemps, voire nous vivons comme si nous n’allions jamais mourir, en tout cas pas à un horizon prévisible. Nous sommes tous les jours confortés dans cet espoir par les progrès de la recherche, des traitements nouveaux et la progression de l’hygiène de vie.

Mais, lorsqu’il s’agit de rente viagère, nous considérons qu’aliéner le capital constitue un risque majeur. Pourquoi ? Pour deux raisons principales :

  • la peur de tout perdre si on meurt peu de temps après le départ en retraite ;
  • la fiscalité des rentes, beaucoup moins favorable que celle de tout autre revenu issu d’une épargne.
Une grande majorité d’épargnants (plus de 70 % selon un sondage récent [1] ) préfère donc récupérer le capital que recevoir une rente viagère. En apparence, ce sondage est largement corroboré par les faits : sur le PERCO, qui offre le choix entre sortie en rente et sortie en capital, très rares sont les personnes qui choisissent la rente. Mais en apparence seulement, puisque de plus en plus d’entreprises choisissent au contraire de mettre un PERE (dont la sortie se fait en rente) à disposition de leurs salariés, d’y cotiser avec eux et de leur laisser ainsi la possibilité de se constituer un complément de revenus à la retraite. L’encours des PERCO est aujourd’hui de 16 milliards d’euros, celui des PERE de 54 milliards d’euros. Enfin, l’encours des PERCO et des PERP est comparable, ces produits ayant été lancés au même moment. Cela signifie, d’une part, que les épargnants aiment la rente et, d’autre part, qu’il faut du temps pour qu’un nouveau produit décolle réellement.

Des tas de raisons devraient nous amener à préférer les rentes viagères :

  • d’abord elles sont viagères… donc elles ne s’éteindront pas avant nous ;
  • ensuite gérer son capital à 65 ans pas de problème (encore que…), à 75 ans, ça va encore, à 90 et plus, c’est illusoire ;
  • on peut choisir des options qui couvrent toutes les situations : paiement de la rente pendant x années même si on meurt avant, rente croissante (si on pense que plus on vieillit plus on dépense pour se soigner), rente décroissante (si on pense qu’on va d‘abord beaucoup voyager et ensuite se calmer), et bien sûr réversion pour protéger son conjoint ;
  • l’épargne continue à être placée par l’assureur, qui va continuer à détenir des actions, la rente pourra donc être régulièrement revalorisée ;
  • en synthèse, la rente viagère permet de dormir tranquille, et c’est bien l’objectif des épargnants qui n’aiment pas prendre de risque…
Si ce n’était la fiscalité, réellement très défavorable puisque tous les produits d’épargne bénéficient aujourd’hui d’une fiscalité au plus égale à la « flat tax » soit 30 %, alors que les rentes viagères issues des produits de retraite sont fiscalisées à l’impôt sur le revenu.

Enfin, sur ces points, rente viagère et longévité, en tant que directrice d’une activité d’assurance, je dois reconnaître la complexité des produits et des calculs, et l’insuffisance de nos efforts de pédagogie. Tout cela nous conduit aux propositions.

Les propositions

Simplifier l’utilisation

Il est difficile pour les épargnants d’appréhender les différents produits à leur disposition et de les utiliser en pleine connaissance de cause.

Les carrières sont de plus en plus variées, une même personne peut donc avoir épargné dans un PERE en tant que salarié, dans un contrat Madelin en tant que non-salarié, et dans divers produits individuels, par exemple un PERP.

Ce sont tous des produits ayant le même objectif et pourtant la personne aura trois situations de compte différentes, avec des mentions hétérogènes et une vraie difficulté à se rappeler de ces trois contrats, à imaginer quel montant de revenus ces contrats pourront lui apporter en tant que retraité. Elle devra effectuer trois démarches différentes au moment du départ en retraite et sans doute avoir le choix entre des options différentes sur le type de rente.

Une première proposition serait de pouvoir transférer facilement, sur simple demande, l’épargne sur un seul contrat, de son choix. La loi PACTE semble s’engager dans cette voie.

Simplifier la gestion financière de l’épargne

Reprenons le même exemple de la personne qui a ses trois contrats. La gestion de la phase d’épargne, dite souvent « phase d’accumulation », lors de la vie active, a toutes les chances d’être différente alors que la personne est la même et son horizon de placement est le même. Si le PERE est ancien, l’épargne est souvent placée en fonds euro, si le PERP est plus récent, il bénéficiera sans doute de la gestion pilotée. Quant au Madelin, son détenteur aura pu opter pour une gestion financière encore différente.

Une seconde proposition est de généraliser à tous les produits l’utilisation de la gestion pilotée. Parce que c’est simple, l’épargne évolue sans que l’épargnant ait à s’en soucier, et sa composition est réellement adaptée à l’horizon de placement.

Simplifier la fiscalité et les forfaits sociaux

Les traitements fiscaux d’entrée et de sortie des différents produits sont hétérogènes :

Pour les épargnants

  • défiscalisation à l’entrée du PERCO pour la participation et l’intéressement uniquement, pas pour les versements volontaires
  • défiscalisation à l’entrée du PERP, du Madelin et du PERE pour les cotisations et pour les versements volontaires (plafond 10 % du salaire)
  • pas de fiscalité à la sortie pour le PERCO (sauf prélèvements sociaux), faisant du PERCO un produit exceptionnel du point de vue fiscal
  • fiscalité maximale à la sortie pour les rentes issues de PERP, Madelin et PERE. Ces rentes ne bénéficient d’aucun avantage fiscal
Pour les entreprises

  • forfait social de 20 % sur toutes les sommes alimentant les différents dispositifs, sauf deux cas plus favorables sur le PERCO : forfait réduit à 16 % si PERCO investi en actions de PME, forfait réduit à 8 % pour première mise en place de PERCO sous certaines conditions.
Ceci fait du PERCO le produit fiscalement le plus avantageux qui soit, sans qu’il prépare réellement à la retraite. En effet, le PERCO ne fournit pas un complément de revenus.

Et cela fait de la sortie en rente, quel que soit le produit, un choix particulièrement malheureux, car fiscalisé au maximum.

Il faut donc unifier les prélèvements sociaux pour les entreprises et rendre la rente plus attractive sur le plan fiscal.

Simplifier les conditions de sortie capital ou rente

Les détenteurs de PERP peuvent choisir de récupérer 20 % de leur épargne en capital au moment du départ en retraite. Mais les détenteurs de PERE ou de Madelin n’ont pas cette possibilité.

Les salariés qui ont épargné dans un PERCO peuvent choisir, sur 100 % de leur épargne, de sortir en capital ou en rente, et font le choix du capital en général.

Dans le cadre de l’épargne individuelle, chacun peut choisir entre des produits comme l’assurance vie ou des produits bancaires, dont la sortie se fait toujours en capital, et les PERP (ou Madelin, Prefon…) dont la sortie se fait en rente.

De même, dans le cadre de l’épargne collective, dans les entreprises qui le proposent, chacun peut choisir entre PERE et PERCO.

Ces combinaisons sont intéressantes, car elles permettent à chaque épargnant de faire ses choix entre sortie en rente et sortie en capital, selon ses besoins au moment de la retraite

Ici, l’hétérogénéité correspond aux besoins !

La quatrième proposition est donc d’offrir la possibilité de sortir en capital à hauteur de 20 % sur tous les produits d’assurance. Ne rien changer au PERCO.

Expliquer

Je vais ici me restreindre aux produits collectifs, dans le cadre de l’entreprise, le PERCO et le PERE.

Dans le contexte de l’entreprise, nous avons la chance d’avoir un cadre qui permet de multiples explications et exercices de pédagogie :

  • d’abord à la mise en place, en partenariat avec les RH, qui joue toujours un rôle majeur, et des partenaires sociaux, qui participent aux choix déterminants sur les caractéristiques des dispositifs PERCO et PERE ;
  • puis, lors de la vie des dispositifs, pour expliquer les performances, les choix de gestion financière, les conditions d’entrée et de sortie, la fiscalité, et surtout simuler les résultats à l’horizon de la retraite et expliquer les véritables risques.
Des moyens multiples peuvent être mis en œuvre : outils en ligne, disponibles sur l’intranet de l’entreprise et au domicile des salariés, réunions dans le cadre de l’entreprise, rendez-vous individuels, information régulière des instances de pilotage du PERE et du PERCO, toujours composées des partenaires sociaux.

Les RH l’ont très bien compris et intégré dans leur politique : c’est en effet une façon remarquable de mettre en valeur les apports de l’entreprise pour préparer la retraite, complément indispensable aux autres domaines tels que la santé et la prévoyance.

La cinquième et dernière proposition est donc la suivante : un engagement fort des promoteurs du PERCO et du PERE à être présents régulièrement dans les entreprises, en fonction de la volonté des RH et des partenaires sociaux.

Achevé de rédiger le 11 avril 2018

 

 

 

 

1 Sondage réalisé par Audirep et rendu public le 19 février 2018.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº820
Notes :
1 Sondage réalisé par Audirep et rendu public le 19 février 2018.