Cet article appartient au dossier : Enass Papers 14.

Enass Papers 14: Editorial

L'auteur

  • Trainar
    • Directeur
      Enass
    • Professeur titulaire de la chaire Assurance
      CNAM
Numéro piloté par Patrick Thourot (Forsides Actuary France) et coordonné par Sophie Gauvent (Revue Banque) et Isabelle Leclerc de Hauteclocque (responsable du développement et du MBA Spécialisation Assurance, Enass).

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°363

ENASS PAPERS 14

En dehors de la chronique de Patrick Thourot et de Philippe Morin, qui s’inscrit, comme il se doit, dans la continuité, cette dernière livraison des Enass Papers couvre une grande variété de thèmes. Ceux-ci correspondent à des risques nouveaux et/ou émergents ou dont la dimension est restée jusqu’à présent confinée. La gestion de ces risques, tout comme leur assurabilité, peut parfois paraître incertaine, car elle semble défier les grands principes de l’assurance. À l’examen, ces risques incontestablement disruptifs pour l’économie ou déstabilisants pour l’assurance, requièrent moins un changement des principes de l’assurance qu’une adaptation de ceux-ci… laissant bon espoir quant à notre capacité à les gérer et à les assurer.

Maurice Truffert revient sur la réforme du droit de la responsabilité civile. Il décrit le processus d’élaboration du projet et souligne qu’il ne remet pas en cause le principe de base de la réparation du dommage fait à autrui. En revanche, le projet améliore l’indemnisation des préjudices corporels et rapproche les points de vue de la Cour de cassation et du Conseil d’État, autorise le juge à prendre toute mesure de prévention et lui permet d’imposer une amende civile, en plus de la réparation, en cas de faute lourde délibérée… Pour autant, il accroît la confusion qui tend peu à peu à s’instaurer entre obligation de moyens et obligation de résultat.

Erwann Le Bihan présente un bilan de l’intérêt des algorithmes comportementaux prédictifs dans le cadre du recours au Big Data pour les assureurs. Il souligne la révolution en cours au sein des services actuariels. L’auteur inscrit naturellement ces algorithmes dans le cadre du développement du Big Data, du data mining, de l’intelligence artificielle et des objets interconnectés. Il montre que le potentiel de disruption dans la connaissance de l’exposition au risque des assurés est important et qu’il pourrait modifier très sensiblement les conditions de couverture des intéressés.

Stéphanie Michalak examine les conséquences de l’autonomisation des véhicules. Elle constate que les assureurs ne peuvent que contribuer à cette évolution qui pourrait cependant réduire irrémédiablement la sinistralité automobile et, avec elle, le chiffre d’affaires des assureurs auto. L’auteur pense cependant que l’assurance automobile n’est pas vouée à disparaître mais qu’elle va devoir se transformer profondément. Les accidents automobiles ne vont pas disparaître et surtout de nouveaux types de dommages, liés à la technologie sophistiquée de ces véhicules et au risque cyber vont prendre une ampleur qu’ils n’ont pas aujourd’hui.

Clélia Duvoux étudie les mutations de l’assurance agricole liées à l’assurance indicielle et au blockchain. L’auteur constate que l’assurance agricole traditionnelle peine à s’adapter aux nouvelles demandes de couverture des récoltes et de la perte d’exploitation. Elle considère cependant que l’assurance paramétrique, comme les obligations catastrophes, et la blockchain permettent de répondre à ces demandes dans des conditions qui sont plus efficientes que celles de l’assurance traditionnelle et qui laissent donc augurer un développement en assurance agricole.

Guillaume Marchand étudie les enjeux de l’essor de l’impression 3D pour les assureurs. L’auteur estime que l’assurance de l’impression 3D, qui fusionne les étapes de la consommation et de la production, est possible dès lors qu’on accepte de considérer que l’impression 3D constitue un risque émergent et qu’elle exige aussi de nouveaux types de service. Les assureurs sont obligés d’innover car ils ne peuvent attendre, à ce stade, aucun secours du législateur qui tarde à définir un cadre juridique clair et précis.

Alicia Glaçon analyse les défis posés aux assureurs par la télémédecine. Partant du constat qu’elle présente un avantage tant pour les assurés que pour les assureurs, qui développent une offre de prévention et d’accompagnement des assurés. Elle permet en effet une réduction tant de la fréquence des maladies que du montant des frais médicaux. Naturellement, elle pose à l’assureur des problèmes de responsabilité médicale qui doivent être traités avec précaution, sans constituer pour autant des enjeux totalement inédits.

Lucille Delbet souligne les défis des nouvelles normes comptables internationales IFRS 17 applicables aux contrats d’assurance. Cette norme prévoit quatre blocs pour calculer les passifs d’assurance (le best estimate, l’actualisation, la marge pour risque et la marge résiduelle ou profit libéré sur la durée de vie du contrat) qui la rapproche du standard de Solvabilité 2 tout en maintenant des éléments de divergence significatifs, notamment une opposition notoire toutefois sur le traitement de la marge résiduelle ou profit. Ces éléments de divergence vont ajouter de la complexité organisationnelle chez les assureurs.

Denis Legrand et Laurent Friedmann se penchent quant à eux sur le recours pour compte de tiers payeur en matière de corporels, dont les auteurs estiment l’extension souhaitable, notamment en ce qui concerne le recours des assureurs vis-à-vis de l’assurance maladie. Partant de ce principe, les auteurs avancent quelques propositions visant à généraliser l’exercice du recours des tiers payeurs. Les assureurs auraient selon eux intérêt à transformer ce recours en outil de gestion, ce que faciliterait la comptabilisation des recours non plus en charge récupérée mais en produits et la définition d’un cadre de fonctionnement plus adapté au recours subrogatoire.

Nicolas Dufour dessine la nature et les contours du risque opérationnel dans les activités actuarielles. La spécificité de ce risque tient à l’ampleur potentielle de l’impact financier d’une erreur de tarification, de paramétrage d’un outil de quantification, de modélisation, de marge ou un oubli de transmission des comptes, une incohérence comptable… Ces risques, qui ne sont pas encore bien appréhendés par les dispositifs de contrôle interne en place des compagnies d’assurance, devraient faire l’objet d’un effort particulier de la part des compagnies d’assurance dans les années à venir.

 

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