Cet article appartient au dossier : ENASS Papers 13.

ENASS Papers 13 : Éditorial

L'auteur

  • Trainar
    • Professeur Titulaire de la chaire « Assurance »
      CNAM
    • Directeur
      ENASS
Numéro piloté par Patrick Thourot (Forsides Actuary France) et coordonné par Séverine Leboucher (Revue Banque) et Isabelle Leclerc de Hauteclocque (responsable du MBA Spécialisation Assurance, ENASS).

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°358

ENASS PAPERS 13

Je suis heureux de prendre le relais de mes prestigieux prédécesseurs pour introduire ce nouveau numéro des ENASS Papers, dont la qualité et la pertinence se sont confirmées avec le temps. Ce numéro rassemble des études à la fois originales et rigoureuses sur des sujets d’actualité qui constituent des défis nouveaux ou en pleine mutation, à la fois difficiles et contraignants pour les assureurs.

Patrick Thourot et Philippe Morin, dans leur chronique Solvabilité 2, reviennent sur les publications majeures des autorités européennes et nationales entre mai 2016 et février 2017 et commentent les chantiers réglementaires en cours, notamment l’évolution des missions de l'EIOPA, le Key Information Document pour les produits d’investissement liés à des contrats d’assurance (PRIIPs ou, en France, contrats d’assurance vie en unités de compte), les recommandations sur le contrôle des exigences prudentielles de solvabilité, le rapport sur les stress-tests de 2016, la prise en compte de la stabilité financière dans le secteur des assurances, le premier bilan de Solvabilité 2 pour les assureurs français et la conception d’un cadre de résolution pour le secteur de l’assurance.

Dan Chelly et Sanaa Nouiri se penchent sur l’impact du règlement européen sur la protection des données à caractère personnel (GDPR) sur les assureurs et les banquiers. Ce règlement impose des changements structurels importants aux assureurs pour garantir la protection des données à caractère personnel. En effet, les assureurs, les banquiers et les entreprises innovantes pour lesquels la donnée est une composante essentielle de leur business model sont en ligne de mire de cette nouvelle réglementation. Si cette dernière apparaît de prime abord comme un projet de conformité, ces acteurs doivent surtout transformer cette contrainte en une opportunité qui leur permette de mettre en œuvre de nouvelles stratégies ainsi que les transformations nécessaires pour s’adapter aux nouvelles pratiques de marché et aux nouvelles évolutions technologiques.

François Bonnin étudie les règles de dépréciation et aboutit à la conclusion que la mise en œuvre de la norme IFRS 9 pour le provisionnement du risque de crédit dans les portefeuilles obligataires d’assureurs s’appuie pour le moment sur un paradigme bancaire peu adapté, aussi bien au regard des données disponibles, qui sont très différentes entre des portefeuilles de prêts et de titres, que du recours exclusif aux notes d’agences pour l’appréciation du risque de crédit, ce dernier choix pouvant augmenter artificiellement la volatilité des provisions.

Pierre-Charles Pradier revient sur les concepts de pari et d’assurance qu’il soumet à une réflexion critique nouvelle. Considérant que le droit organise encore efficacement la distinction du contrat d’assurance comme une cession payante de risque, il est conduit à distinguer la pure vente de risque (par des opérateurs de pari mutuel), des échanges de risques (jeu d’aptitude ou contrats financiers) et l’enlèvement de risques (dans l’assurance). Il apparaît alors que le modèle économique de l’assurance permet de « retraiter » les risques assurables afin de les maîtriser. Cela paraît conforme à la définition originelle du risque comme « imputation à un sujet juridique d’une charge financière éventuelle, liée à une entreprise au résultat incertain » (Piron, 2004), au contraire des échanges de risques, qui font toujours peser une menace systémique.

Nicolas Dufour, partant du constat que la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme est une préoccupation à la fois plus récente et moins prégnante chez les assureurs que chez les banquiers, est conduit à modifier ce constat à la lecture attentive et documentée des travaux de Tracfin, du Trésor et de l’ACPR, ainsi que des sanctions rendues par l’ACPR qui font ressortir l’importance de cette lutte pour le secteur de l’assurance.

Ilaria Dalla Pozza et Lionel Texier présentent une conceptualisation théorique et des premiers éléments de calcul de la Customer Lifetime Value (CLV) en assurance. Elle conclut à l’importance de la CLV comme outil pour contrôler les investissements marketing et accroître la profitabilité de l’entreprise d’assurance. Elle en recommande l’adoption et le croisement avec la fonction actuarielle.

Ophélie Jost part du constat que les objets connectés en santé sont une opportunité pour la santé publique, dans la mesure où ils permettent de mettre l’accent sur la prévention et la prise en charge par les patients de leur propre situation de santé. La diffusion de ces objets connectés devrait bouleverser le business model des assureurs santé. Si l’opinion est sensible aux risques de violations des données personnelles, les assureurs y voient en revanche une source majeure de progrès, en termes tant de tarifs que de dessin des contrats et de prévention… avec le risque toutefois que cette évolution se fasse au détriment de la mutualisation.

Savéria Sampol constate que l’utilisation d’un navire de plaisance à des fins commerciales, pour les sorties de pêche ou les croisières en voilier, relève du casse-tête administratif et que l’offre des assureurs s’en trouve affectée. On observe une fuite de ces bateaux vers le pavillon belge, qui pourrait être évitée si le statut des navires de plaisance à utilité commerciale (NUC) faisait l’objet d’une clarification dans la législation.

Sabrina Magny considère que le burn-out pourrait être la maladie du siècle pour les salariés et les travailleurs indépendants, alors que, pour des raisons à la fois financières et de responsabilité, les autorités médicales et la Sécurité Sociale sont réticentes à reconnaître une nouvelle maladie professionnelle. Dès lors que l’assurance santé complémentaire devient obligatoire pour les salariés (ANI de 2013), l’assurance et l’assistance peuvent contribuer à trouver une solution, à travers leur rôle de leader dans l’information et la prévention.

Théophile Ruault Ruault constate que les enjeux liés au mécontentement des clients évoluent avec la technologie, avec le droit et – surtout – avec les mentalités sociales. Or les 14 millions de Français « digital natives » seront, d’ici 2020-2025, le cœur de cible du marketing de toutes les entreprises qui vendent des biens et des services. Ils n’hésitent pas à étaler leurs griefs sur les réseaux sociaux, faisant de la gestion des réclamations un enjeu majeur. Il faut donc que les assureurs s’adaptent pour prévenir et gérer au mieux ces réclamations : elles sont la pierre de touche du succès de leur adaptation autour de la priorité client.

 

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