Cet article appartient au dossier : Assurance, ENASS Papers 19.

ENAss Papers 19

Éditorial

Numéro piloté par Patrick Thourot (Forsides Actuary France) et coordonné par Géraldine Dauvergne (Revue Banque) et Guillaume Bihel (Cnam ENAss).

L'auteur

  • Trainar
    • Directeur
      Enass
    • Professeur titulaire de la chaire Assurance
      CNAM
    • Directeur
      Fondation SCOR pour la Science

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°391

ENASS PAPERS 19

À l’heure où ce numéro des ENAss Papers paraîtra, les assureurs seront en train de faire leurs comptes après le choc du coronavirus. Plus qu’un choc viral – il s’agit d’une pandémie de taille encore modeste –, ce choc constitue un choc de politique économique : c’est la décision politique de confinement qui va coûter très cher à l’économie et, par le biais des marchés financiers, à l’assurance. Ne sous-estimons pas non plus les risques intrinsèques à l’ouverture des vannes monétaires, qui va certes soutenir la demande, mais qui va le faire au moment même où le confinement impose un collapsus brutal de l’offre. Cette situation comporte le risque d’une perte totale du contrôle de l’inflation, qui réjouira peut-être certains experts, mais aux dépens des assureurs et des réassureurs ainsi que de leurs clients. La gestion de la sortie de la crise sanitaire pourrait donc se révéler aussi difficile, si ce n’est plus, que la gestion de la crise sanitaire elle-même, pour les assureurs et les réassureurs.

L’on pourrait penser que les thèmes abordés dans le présent numéro sont déconnectés de ces défis et de ce que nous pouvons anticiper des préoccupations immédiates des assureurs au moment de la publication. J’ai la faiblesse de penser que, bien au contraire, le présent numéro devrait aider les assureurs à se préparer à une sortie de crise vraisemblablement beaucoup difficile et délicate qu’on ne l’imagine aujourd’hui.

La chronique nous présente ainsi une analyse extrêmement fouillée de la révision de Solvabilité 2 par l’EIOPA. On y découvre que les principales adaptations proposées visent à durcir les exigences en capital sur le risque de taux et à supprimer les mesures de taux spécifiques dont bénéficient les branches longues de l’assurance, une revanche de l’EIOPA par rapport à ces mesures qui lui avaient été imposées à son corps défendant. Le malheur est que ces adaptations vont intervenir au moment même où les assureurs et les réassureurs européens feront le compte des coûts de la pandémie, du confinement et de l’inondation monétaire. Et comme si cette configuration n’était pas déjà suffisamment complexe, les instances internationales poussent le projet d’exigences prudentielles supplémentaires à imposer aux IAIG (Internationally Active Insurance Groups), sous la forme d’une exigence en capital spécifique (l’ICS ou Insurance Capital Standard) et d’une obligation de reporting spécifique dans une comptabilité prudentielle nouvelle (GAAP plus). Ces exigences nouvelles s’ajoutent naturellement aux exigences existantes sans se substituer à elles. C’est aujourd’hui, et non demain, qu’il faut se demander comment gérer les risques intrinsèques à cette avalanche de défis économiques, financiers et prudentiels quelque peu inédite qui attend les assureurs à la sortie de la présente crise sanitaire.

Les articles de nos amis professionnels, de nos enseignants et de nos étudiants font eux aussi un tour pertinent des défis majeurs, prévisibles, qui viennent s’ajouter à celui, imprévu, de la pandémie. On y trouve une présentation de sujets variés mais très ancrés dans l’actualité de ces dernières années, comme la gestion de Big Data, de la transition écologique et de l’inflation des obligations de conformité, par les assureurs. Comme le font bien ressortir les articles concernés, ces défis sont d’autant plus complexes qu’ils cumulent des dimensions tout à la fois, sociétales (les nouvelles normes sociales), technologiques (la digitalisation) et de risk management (la gestion des risques est une science et un art en pleine mutation). On trouvera surtout, dans ce même numéro, un état des lieux, clair et passionnant, de sujets techniques aussi importants dans l’actualité que les garanties silencieuses du risque cyber ou les mutations de l’assurance construction, ainsi que les défis de la couverture de la coupe de football, Euro 2020. Ces articles démontrent une orientation de plus en plus professionnelle de nos étudiants de l’ENAss, orientation dont il y a lieu de se féliciter car elle leur garantit une carrière durable dans l’assurance et la réassurance.

Naturellement, ce numéro des ENAss Papers n’a pas l’ambition de procurer des viatiques pour la sortie de crise. Il s’efforce plus modestement de donner aux gestionnaires d’assurance et de réassurance, notamment dans le cadre de la chronique, les moyens qu’ils ne trouveront nulle part ailleurs de gérer les défis réglementaires et prudentiels auxquels ils vont être quotidiennement confrontés dans les mois à venir. Il s’efforce en même temps de donner aux étudiants, ainsi qu’à l’honnête homme, la culture dont ils ne sauraient se passer dans leur vie professionnelle de tous les jours.

Achevé de rédiger le 23 mars 2020.

 

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