Comment est né
L’idée a émergé en 2005. Six réseaux domestiques européens (voir encadré 1) se sont alors associés dans un consortium pour créer une alternative aux cartes de débit des réseaux internationaux Visa et MasterCard et apporter une réponse aux exigences du SEPA. En 2007, la société EAPS a été créée, sous forme de coopérative, et son siège installé à Bruxelles. En 2008, EAPS a enregistré ses premières transactions entre l’Allemagne et l’Italie. Cette phase pilote a été étendue à l’été 2009 à l’ensemble des participants de ces deux réseaux.
Pourquoi avoir décidé d’utiliser les systèmes existants plutôt que d’avoir créé un scheme ex nihilo ?
L’une des caractéristiques essentielles d’EAPS est d’avoir une approche bottom-up : EAPS se construit à partir des structures existantes. Elle ne remet pas en question la façon dont travaillent les systèmes domestiques : elle s’intéresse aux flux entre ces réseaux, en s’appuyant sur leur infrastructure existante, ce qui simplifie la démarche. Cette approche a le mérite d’être simple et de ne pas nécessiter de lourds investissements. En Europe, les réseaux nationaux ont pratiquement toujours été efficaces en termes économiques, car ils ont été construits pour supporter des flux importants et servir les acteurs locaux dans un souci d’efficacité et non de rentabilité. EAPS repose sur cette même idée, mais à l’échelle européenne.
Quel est le modèle économique retenu pour EAPS ? Repose-t-il sur les interchanges ?
Non. EAPS laisse ces discussions à ses participants. Elle n’a pas d’interchange multilatéral, les participants conviennent entre eux des modalités économiques régissant leurs échanges.
Par conséquent, vous êtes en règle avec la Commission européenne…
Effectivement, EAPS n’a pas de soucis de ce point de vue-là. L’alliance a par ailleurs des contacts permanents avec toutes les instances européennes car elle cherche à être parfaitement en ligne avec les exigences SEPA.
Vous avez récemment décidé d’ouvrir votre réseau à des acteurs individuels, comme des banques. Pourquoi ?
C’est effectivement le cas depuis fin 2009 et cela fait suite à un double constat : le premier est que certains pays n’ont pas de systèmes cartes domestiques et utilisent les cartes des réseaux internationaux pour leurs flux nationaux ; le second est que dans d'autres, le système domestique n’a aucune incitation à rejoindre EAPS.
Ce dernier cas pourrait être celui de la France ?
Pourquoi pas ? Je ne peux pas en dire plus, mais c’est une question pertinente.
Certaines banques françaises acceptent-elles les cartes EAPS ?
Non, mais il y a des contacts...
Le groupe des six membres fondateurs n’a pas évolué depuis la création d’EAPS. Sollicitez-vous de nouveaux réseaux ?
Je ne peux pas partager d’informations précises, mais effectivement, EAPS est actif sur ce plan-là. L’alliance dialogue notamment avec les banques individuellement, lorsqu’il n’est pas possible que le réseau entier rejoigne EAPS.
Sur quoi appuyez-vous votre argumentaire ?
Tout d’abord, EAPS a pour objectif de créer une alternative aux deux systèmes globaux pour permettre une meilleure compétition et cela dans l’intérêt de tous. Cette approche se caractérise également par le fait qu’un tel système doit avoir une gouvernance européenne, à l’instar de ce qui se fait dans d’autres régions du monde. Par ailleurs, un des objectifs d’EAPS est d’être un système low cost. Ainsi, EAPS n’est présent que sur le marché de la carte de débit où elle cherche à permettre des coûts très faibles pour accroître la profitabilité des acteurs, qu’ils soient commerçants, banquiers ou particuliers. Enfin, l’offre n’est pas virtuelle : EAPS enregistre déjà des transactions, certes pas en gros volume – un million en 2009 –, mais les règles sont déjà utilisées et nos participants savent comment émettre et accepter des cartes avec ces règles. À partir de là, EAPS peut facilement grandir. Les réseaux nationaux membres apportent par ailleurs à EAPS beaucoup de compétences et une expérience du terrain.
Y a-t-il de la place pour plusieurs systèmes européens ?
Pour le moment, il est sain d’explorer différentes orientations. À terme, on peut se poser la question. Nous avons des contacts avec les autres initiatives. Réseau de réseaux, nous sommes naturellement ouverts à ce qu’ils font. Les banquiers veulent de l’efficacité : si l’un des systèmes se révèle plus efficace que les autres, peut-être y aura-t-il des rapprochements. Mais pour le moment, je n’en sais rien.
Quelles sont les prochaines étapes ?
La phase des pilotes se termine et nous entrons en phase d’industrialisation pour les participants actuels. Nous avons réalisé en juin dernier l’ouverture du réseau de DAB anglais à toutes les cartes de débit émises en Allemagne, soit l’ouverture de tous les 63 000 DAB du Royaume-Uni aux 92 millions de cartes de débit du réseau Girocard. Une étape majeure sera le déploiement des terminaux de paiement dans les mois à venir.
Réfléchissez-vous à des produits innovants, comme paiement à distance ?
Pour l’instant, nous optons pour une démarche pragmatique, ciblée sur des cartes de débit acceptées par les terminaux de paiement et des DAB. Nous verrons plus tard pour une offre plus pointue. Nous réfléchissons à l’e-commerce, mais ce ne sera pas pour tout de suite.
1. Les six réseaux participants
- Link en Grande-Bretagne
- Girocard en Allemagne
- Euro 6000 en Espagne
- Consorzio Bancomat en Italie
- SIBS Multibanco au Portugal
- Le réseau européen Eufiserv
2. Pas d’activité de processing
EAPS a fait le choix de ne pas intervenir en direct dans le traitement opérationnel des transactions (processing), mais de simplement assurer la coordination des différents prestataires auxquels les réseaux domestiques participants font appel. « Un tel choix garantit le respect de l’une des exigences de SEPA, à savoir la séparation entre "scheme" et "processing", dans l’objectif d’améliorer la concurrence », explique Pascal Dufour.