Cet article appartient au dossier : ENASS Papers 3 : l'extension de l'univers du risque.

Le dynamisme du marché de l'art rend-il le marché d'assurance des œuvres d'art attractif ?

Marché de niche destiné à des professionnels spécialisés, le marché de l’assurance des œuvres d’art réserve de belles opportunités de croissance.

Le dynamisme du marché de l'art rend-il le marché d'assurance des œuvres d'art attractif ?

L'auteur

(*) Ce texte est issu de la thèse professionnelle soutenue dans le cadre du MBA de l’ENAss en 2012.

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°307

ENASS PAPERS 3 : L’extension de l’univers du risque

Il existe un véritable engouement pour les œuvres d’art et les grands artistes, qui ne se limitent pas aux incontournables Courbet, Picasso et autres Damien Hirst.

Les expositions avec des files d’attente de plus de 2 à 3 heures sont loin d’être rares et en 2011, afin d'accueillir le plus grand nombre de visiteurs, des musées ont ouvert leurs portes en continu pendant plusieurs jours, une première en France. À Paris, l’exposition du Grand Palais Picasso et les maîtres, avec un budget de 4,7 millions d’euros, a engendré un bénéfice d’1 million d’euros. Avec un budget nettement inférieur, l’exposition Gustave Courbet (également au Grand Palais) a dégagé un bénéfice de 2 millions d’euros [1]. Quant à l'exposition Monet, elle a suscité l'intérêt de 900 000 personnes en 4 mois et pour clôturer cette exposition, le musée est resté ouvert pendant 4 jours et 3 nuits (du 22 au 24 janvier 2011), durant lesquels 64 711 visiteurs se succédèrent [2], soit plus de 16 700 personnes par jour.

Sur le long terme, la fréquentation des grands musées s’est accrue. Le Louvre a vu sa fréquentation passer d’1,53 million de visiteurs en 1974 à 8,34 millions en 2010 [3], soit une augmentation de plus de 444 % ! Pour 2011, cette tendance persiste : le Louvre aurait reçu 8,7 millions de visiteurs [4]. Le centre Georges Pompidou devrait atteindre quant à lui 3,6 millions de visiteurs.

Les foires d’art, et particulièrement d’art contemporain, ne sont pas en reste. La FIAC a accueilli en 2010 plus de 85 000 visiteurs [5]. La même année, le nombre de visiteurs de la foire ART Basel était de 62 500.

Cet intérêt pour les artistes en termes de fréquentation de lieux d’exposition aurait pu ne pas se répercuter sur le négoce d’œuvres d’art dans les salles des ventes, qu'il s'agisse de Christie's, Sotheby's ou Drouot. En effet, une personne fréquentant les musées est rarement un acheteur d’œuvres d’art. Or il n’en est rien : le marché des œuvres d’art se porte bien, que ce soit à New York, Londres ou Paris. Bien sûr, la crise a touché ce marché. Les volumes et les prix se sont fortement contractés entre 2008 et 2009. Mais depuis, il est reparti à la hausse et la tendance sur des périodes longues – 10 ans – est à la croissance.

Les ventes de tableaux ou de sculptures vont de sommet en sommet et une œuvre d’art dépassant une dizaine de millions d’euros ou de dollars lors d’une vente aux enchères n’est plus un spectacle rare. Par exemple, le Nu au plateau de sculpteur de Picasso a été adjugé 106,4 millions de dollars le 4 mai 2010 [6] ; le Garçon à la pipe du même artiste avait atteint 106,5 millions de dollars en 2005. Le tableau le plus cher serait une œuvre de Pollock, vendue en vente privée en 2006 pour 140 millions de dollars et acquise par le producteur David Geffen. L’Homme qui marche, sculpture d’Albert Giacometti, a trouvé preneur pour 104,3 millions de dollars.

Début 2012, une vente hors marché aurait confirmé que ces montants pouvaient être dépassés. Ainsi, le Qatar serait l’acheteur d’une des cinq versions du tableau de Cézanne Joueurs de Cartes pour un montant de 250 millions de dollars [7] (190 millions d’euros).

L’art contemporain suit la même tendance. Sotheby's a organisé en septembre 2008 une vente aux enchères à Londres consacrée à l'œuvre d’un artiste vivant, Damien Hirst. En soi, vendre des œuvres d’artistes vivants n’a rien de nouveau. Par contre, c’était la première fois qu’une vente aux enchères ne contenait que des œuvres mises en vente pour la première fois. Traditionnellement, la vente aux enchères est un second marché, un marché de revente. Le résultat de l’ensemble de cette vente a atteint 139 millions d’euros [8] !

Cette appétence pour les œuvres d’art se traduit-elle dans l’évolution du marché de l’assurance des œuvres d’art ? Pour répondre à cette question, il faut analyser les problématiques de saturation/ouverture, de rentabilité et d’évolution de ce marché.

La demande en assurance des œuvres d’art se concentre principalement sur trois types de populations :

  • les collectionneurs individuels privés ou les sociétés détenant des collections ;
  • les musées et fondations ;
  • les galeries et marchands d’art.

Le marché de l’assurance des œuvres est-il saturé ?

Le taux de couverture d’assurance diffère sensiblement selon le type de population à assurer.

Picasso disait : « Donnez-moi un musée, je le remplirai ». S’il est un artiste dont la valeur est indéniable, c’est bien lui. D’ailleurs sur les « 25 ventes publiques les plus chères de l’histoire, 9portaient sur une toile de [9] . » Le coût des vols met en lumière la cote de Picasso : 642 œuvres du maître volées [10] sont actuellement recensées. Pour tout novice, avoir une toile de ce peintre et ne pas l’assurer semble impensable.

Or l’exemple de Diana Widmaier-Picasso, petite fille de l'artiste, montre le contraire. Cette dernière savait que les œuvres de son grand-père n’avaient pas qu’une valeur affective et que sur le marché de l’art le moindre dessin pouvait être considéré comme un trésor. Comment pourrait-il en être autrement ?

Pourtant, en septembre 2007, celle-ci subit un vol à son domicile de trois œuvres de Picasso (deux tableaux – Maya à la poupée et au cheval de bois et Portrait de Jacqueline – et une lithographie [11]). Ces trois pièces étaient estimées à plus de 50 millions d’euros. L’assurance annuelle aurait été, selon Gwanaël Hervé, directeur de la souscription chez Hiscox, de 50 000 euros à 60 000 euros [12]. Cette prime d’assurance est conséquente dans son montant, mais demeure très faible en rapport de la valeur des objets d’art.

Avec l’assurance, Diana Widmaier-Picasso aurait eu la tristesse de perdre des objets familiaux, mais elle aurait été indemnisée de la valeur marchande de sa perte. Or cette dernière n’était pas assurée. Certes la prime d’assurance était conséquente, mais mille fois inférieure au coût du vol.

Le cas de Diana Widmaier-Picasso est loin de faire exception en France

Selon un article paru en mars 2007, seulement 15 % des œuvres d’art seraient assurées [13]. Comment arrive-t-on à ce chiffre ? Dans cet article, on ne trouve aucun élément permettant de comprendre comment les auteurs parviennent à un tel résultat. Mais la plupart de nos interlocuteurs attestent de l’existence de nombreuses personnes aux collections importantes non assurées. Comme le dit Dominique Beurdeley, consultante en œuvres d’art pour MLC Art Consultant, « dans ce secteur, il n’y a pas de données consolidées. En tout cas, toutes les informations tendent à prouver que le nombre de personnes ne s’assurant pas dans ce domaine serait considérable. »

Le nombre de collectionneurs non couverts est donc conséquent. L’image de l’iceberg pourrait être utilisée pour l’assurance des œuvres d’art : un petit nombre d’assurés cache un grand nombre de personnes non assurées. Pour augmenter le niveau d’assurance de ce secteur, les assureurs doivent analyser quelles sont les raisons conduisant un Français à moins s’assurer qu’un Anglais ou un Suisse.

Six raisons expliquent la sous-assurance : peur fiscale, ignorance des solutions d’assurance, défiance vis-à-vis des niveaux de remboursements en cas de sinistre, conviction d’être convenablement couvert par des contrats existants, sous-évaluation des œuvres et inquiétude à l’égard du prix supposé élevé de l’assurance.

La peur fiscale

La première raison de la sous-assurance ou de la non-assurance pour les collections privées – particulièrement française – est la peur fiscale. Une personne sans assurance des œuvres d’art qu’elle possède a peur qu’en s’assurant, la valeur de son patrimoine en œuvres d’art soit communiquée automatiquement au fisc. C’était le cas entre 1981 et 2004 : les compagnies d’assurance avaient l’obligation de transmettre annuellement au fisc les coordonnées des personnes assurant des objets d’art pour une valeur supérieure à 15 000 euros [14]. Or, depuis le 27 mars 2004, cette obligation a disparu. Jacques Lemoine, directeur Fine Arts de Gras Savoye, déclare que « pour les particuliers, beaucoup disent que depuis qu’il y a eu l’obligation de déclaration fiscale en 1981, le marché est parti. Je crois que c’est extrêmement franco-français. Nous ne parlons pas d’argent. Nous ne disons pas ce que nous possédons. » Bien que l’obligation de la déclaration ait disparu, la peur demeure.

Des solutions d'assurance ignorées

La deuxième raison de la sous-couverture en assurance est l’ignorance de l’existence de solutions d’assurance adaptées à leur collection. Certains, encore échaudés par de mauvaises expériences ou de mauvais conseils, croient qu’en cas de sinistre, ils seront peu ou pas indemnisés.

Une autre raison est la conviction d’être déjà couvert par leur contrat d’habitation. Or ces derniers prévoient souvent des limites d’indemnisation maximales par objet comprises entre 2 000 et 10 000 euros, une limite souvent trop basse. En cas de dégât des eaux, par exemple, se voir rembourser 10 000 euros pour une œuvre qui vaudrait 50 000 euros peut être une source de frustration très forte pour un assuré qui payait régulièrement ses primes et se croyait ainsi couvert.

La sous-évaluation de la valeur de sa collection est aussi un phénomène courant. L’ensemble des objets d’art qu’un collectionneur a rassemblés ou dont il a hérité a une valeur affective certaine. Ils sont des traces de différents événements, d’échanges, de conversations, de réflexions, de rêveries, de personnes. Dans certains cas, l’assuré pense que ces objets d’art n’ont de valeur que pour lui et que personne d’autre n’en voudrait. Puisque la valeur financière des objets est probablement faible, pourquoi les assurer ?

Un coût d'assurance relativement peu élevé

La dernière raison est la conviction que le coût de l’assurance est prohibitif. Or, une collection de tableaux dont la valeur est de 550 000 euros paierait une cotisation relativement peu élevée [15] (environ 700 euros par an). Pour des tableaux, un collectionneur privé acquitterait des primes de l’ordre d’un pour mille de la valeur des œuvres.

L’ennemi de l’assurance des œuvres d’art pour les collections privées est avant tout l’ignorance et les fausses idées. Ces six raisons démontrent un besoin fort de communication de la part des assureurs. Ces derniers doivent prouver que l’assurance d’œuvres d’art ne peut avoir une incidence fiscale négative aujourd’hui. Ils doivent, à partir d’exemples concrets, communiquer sur les risques réels et multiples de sinistres, d’existence de solutions d’assurance adaptées et pécuniairement fort intéressantes. Démontrer que les couvertures habitation sont loin d’être satisfaisantes est aussi indispensable.

L’assureur d’œuvres d’art des collections privées peut mettre en avant ce qui le différencie d’un assureur habitation : il organise d’éventuelles réparations et indemnise les pertes de valeurs.

Le potentiel d’assurances des collections d’entreprises n’est pas moindre que celui des collections privées. Certaines entreprises ont en effet développé au fil des années des collections importantes, lesquelles sont à l’origine de fondations qui ouvriront des musées. Toutes les entreprises n’ont pas des chefs-d’œuvre comme La Nuit de noces de Tobie et Sara d'Eustache Le Sueur que possède BNP Paribas, mais les collections des banques, compagnies d’assurances, voire cabinets médicaux, peuvent avoir une valeur qui est tout sauf anecdotique.

L'assurance d’œuvres d’art pour les entreprises...

La problématique en assurance d’œuvres d’art pour les entreprises est quasiment l’inverse de celle des particuliers et de leur assurance habitation. Le particulier, en cas de sinistre, détient des œuvres qui dépassent souvent les « limites objets précieux » de sa couverture multirisque habitation. L’entreprise, avec son assurance entreprise, en cas de dommage sur l’une de ces œuvres, ne sera pas forcément mieux indemnisée. La valeur de l’œuvre est souvent inférieure à la franchise de l’assurance entreprise. Les œuvres d’art, bien qu’importantes pour l’image de l’entreprise, ont une valeur très inférieure à celle de l’outil industriel.

Un exemple fourni par Gras Savoye est assez parlant. Prenons le cas d’un cabinet d’architectes. Ce cabinet a souhaité embellir son accueil de trois tableaux qui valent aujourd’hui 2 200 000 euros. Ce cabinet a souscrit un contrat d’assurance multirisque professionnelle. Si le vol a été commis sans effraction, l’assureur n’indemnise rien. En cas d’effraction, le cabinet reçoit une indemnité qui ne peut dépasser 10 % du matériel garanti (avec sous limitation à 100 fois l’indice FFB [16], soit 84 170 euros par objet). Pour les trois tableaux de 2 200 000 euros, il ne recevra pour indemnisation de son assureur que 227 259 euros (équivalant à trois fois 84 170 moins 10 % de franchise). Cette indemnisation, non seulement, ne remplace pas physiquement les tableaux, mais elle provoque aussi de la stupeur et du désarroi chez l’assuré.

Si ce même cabinet avait opté pour une assurance contrat patrimoine d’entreprise, il aurait pu prendre l’option vol sans effraction. Ainsi, il aurait été indemnisé à la valeur des œuvres, soit 2 200 000 euros au lieu de 227 259 euros. La différence est conséquente.

La plupart des entreprises qui sont attachées à leur collection n’ont pas conscience que leur assurance professionnelle ne couvre que faiblement leurs œuvres d’art. Les assureurs en œuvres d’art sont donc face à un marché non exploité qui devrait s’avérer prometteur.

... Et pour les musées et les fondations

Pour les musées et les fondations, les niveaux de couverture actuels sont aujourd’hui proches de 100 %.

Tout d’abord, il faut exclure de ce marché les musées nationaux. L’État étant son propre assureur pour ces musées, les assureurs ne sont pas sollicités.

En revanche, pour les musées privés, les musées publics non nationaux et les fondations, la souscription d’assurance est libre. Ils peuvent décider, pour des raisons budgétaires, de ne pas assurer leurs collections. Dans les faits, très peu prennent ce risque. Des difficultés demeurent, cependant : ainsi, par exemple, certains musées n’ont pas une liste exhaustive de leurs œuvres, ce qui est problématique pour la valorisation de la couverture de l’assurance. En cas de vol ou de sinistre, cela peut provoquer des contentieux sur l’existence et la nature des œuvres impactées. Des opportunités de développement existent donc dans ce secteur. Les renouvellements des assurances se font de façon régulière par un système d’appel d’offres, à la fois pour les collections permanentes ou les expositions temporaires. À cette occasion, de nouveaux courtiers, avec l’aide de leurs assureurs, peuvent proposer leurs candidatures. Ce marché est donc loin d’être figé.

La plupart des galeries et des marchands d’art sont couverts avec des produits standards.

Vu de l’extérieur, les options de ce secteur semblent limitées pour les courtiers et les assureurs. Or c’est un secteur très dynamique. De nombreuses galeries se créent chaque année et les solutions d’assurance ne sont pas toujours en adéquation avec les besoins. De nombreux galeristes souhaitent des solutions moins standard, prenant mieux en compte les particularités de leur métier. Le niveau de satisfaction étant loin d’être optimal, une démarche commerciale dynamique, une bonne écoute et des propositions adaptées peuvent ouvrir des perspectives. La créativité permet à de nouveaux acteurs en assurance d’offrir leurs services avec succès.

Le marché de l’assurance des œuvres d’art peut-il être rentable ?

Jacques Lemoine, directeur Fine Art du courtier Gras Savoye reconnaît que le ratio de sinistres sur prime (communément appelé S/P) « est très bon. Nous avons très peu de sinistres. Parfois, nous en avons des graves mais toujours peu de fréquence. Nous pouvons même dire qu’il est excellent. Par contre il est extrêmement difficile à connaître. » Marc Rome, souscripteur d’AXA Art, fait un constat analogue : « Pour les expositions, c’est globalement bon, c’est rentable. Ensuite, nous pouvons avoir des problèmes de capacité, et souscrire de la réassurance coûte cher. » Jean-Baptiste Costa de Beauregard, souscripteur Art et Clientèle privée chez Hiscox France, répond à la question de la rentabilité du marché : « Oui, dans la mesure où les assureurs y sont depuis plusieurs années et sont capables de survivre uniquement avec cette spécialisation. »

Le S/P de l’assurance des œuvres d’art était inférieur à 50 jusqu’en 2000, selon une étude du CNPP datant de 2003 [17]. En 2002, suite à plusieurs sinistres, le ratio avait augmenté mais demeurait en dessous de 70 %.

Un S/P de 70 % les mauvaises années paraît indiquer une rentabilité très forte. Cependant, à 70 %, le bénéfice n’est pas certain. C’est un marché de courtage. Il ne faut pas oublier qu’il faut rajouter la rémunération de l’intermédiaire (qui est, en moyenne, de l’ordre de 20 % de la prime). Et si l’assureur s’est réassuré ou a organisé de la coassurance, il faut ajouter aux coûts directs ceux de la réassurance.

Pour ces dernières années, aucune d’étude n’est disponible sur les S/P récents de la profession.

Diana des Moutis, directrice du département Patrimoine privé/public chez Gras Savoye, nous a confié que le taux de sinistres sur primes depuis quatre ans dans son département, qui inclut les collections privées, était inférieur à 33 % ! « Les assureurs ont été frileux. Mais ils le sont beaucoup moins, car les résultats sont excellents depuis3-4 ans », déclare-t-elle.

À titre de comparaison internationale, nous avons demandé à Jennifer Schipf, souscripteur Senior aux États-Unis pour XL Insurance, si un S/P entre 29 et 32 % pour le marché français la surprenait. En aucune façon ! Historiquement, il en est de même pour le marché américain.

Ces différents éléments nous montrent que la niche de l’assurance des œuvres d’art est rentable avec des ratios de S/P inférieurs sur le long terme à 50 %, voire en dessous de 35 %.

Le S/P est un indicateur indispensable à surveiller en assurance. Il n’est bien sûr pas le seul à suivre. Pour le retour sur investissement, le ROE, madame des Moutis nous indique : « Notre rentabilité est à deux chiffres au bout de 8 ans. » Un autre acteur de l’assurance voulant garder l’anonymat nous confiait avoir actuellement un coefficient de 10 en EBITDA. Dans l’assurance des œuvres d’art, une rentabilité à deux chiffres est donc possible.

Ces chiffres attractifs ne doivent pas faire oublier que de nombreux acteurs ont disparu de ce marché, signe que la rentabilité n’est pas assurée pour tous les acteurs.

Quel est le potentiel de ce marché ?

Au mois d’avril 2010, le Lloyd’s, célèbre marché d’assurance, a publié une étude [18] sur les différents marchés d’assurance et leurs potentielles évolutions. Cette étude a été réalisée à partir de statistiques mondiales (le marché du Lloyd’s représente plus de 200 pays ou territoires), concernant 25 marchés d’assurance.

Le marché des œuvres d’art fait partie du groupe des principaux marchés d’assurance à forte croissance et dont les revenus sont les plus conséquents. Il est, selon le Lloyd’s, un marché à forte croissance, générant un revenu conséquent. C’est un marché stratégique dans lequel il faut investir. Si les assureurs d’œuvres d’art ne prennent pas en compte ce marché, le Lloyd’s est prêt à prendre leur place. Les assureurs français doivent donc se préparer, en sachant que la concurrence sera sûrement au rendez-vous. Cette analyse est confortée par la bonne tenue des marchés d’œuvres d’art.

La hausse de prix des ventes aux enchères et de la fréquentation des expositions soutient les besoins en assurance d’œuvre d’art.

Sur 10 ans, les ventes aux enchères montrent une tendance forte à la hausse : en 8 ans (de 2000 à 2008), l’indice des prix des ventes aux enchères a doublé et entre fin 2008 et 2011, l’indice est reparti à la hausse. À titre de comparaison, l’indice CAC40 en 2000 était au-dessus des 6 000 points et à 4 000 points début 2011. Ainsi, sur 10 ans, suite à deux crises (celle de 2001-2003 et celle 2007-2009), un investisseur du CAC40 aurait perdu 33 % de son investissement, tandis qu’un investisseur sur le marché de l’art aurait gagné 60 % en moyenne. Sur les dix dernières années, en moyenne, la valeur des œuvres d’art est plus stable que les valeurs financières. Pour un assureur d’œuvres d’art de collections privées, la valorisation du marché des œuvres d’art est un atout. Un assureur qui aurait gardé le même portefeuille d’assurés en 10 ans (et si ces derniers ont fait évoluer leur assurance comme la valeur moyenne des œuvres d’art) aurait vu ses engagements augmenter de 60 %.

Le dynamisme de ce marché se traduit aussi depuis 10 ans dans le volume des ventes publiques. Les ventes ont diminué pendant la crise de 2007-2009, mais sont reparties depuis. Le produit des ventes est passé de 2,5 milliards de dollars en 2000 à 9 milliards de dollars en 2010. C’est une croissance de plus de 300 %. Le premier semestre 2011 est le meilleur semestre de tous les temps avec un résultat de 4,3 milliards d’euros [19].

Le marché, malgré les impacts des crises, est sur une tendance de forte croissance. Si le besoin en assurance d’œuvres d’art des collections suit les évolutions du marché des ventes aux enchères, celui-ci devrait continuer à croître.

Quelles conclusions en tirer ?

Le marché mondial d’assurance d’œuvres d’art est un marché doté de nombreux atouts.

Il est loin d’être saturé, particulièrement pour les collections privées et d’entreprises. La rentabilité est très probable. Et il devrait connaître ces prochaines années une croissance soutenue au niveau mondial.

Si pour les galeries, les marchands d’art, les musées et les fondations, les marchés d’assurance semblent matures, des opportunités existent. Quant au marché des collectionneurs, tout est à faire, 15 à 20 % des œuvres d’art de collections privées étant assurés. Les raisons seraient diverses, mais auraient principalement pour origine la méconnaissance des solutions de l’assurance. L’ennemi de l’assurance des œuvres d’art pour les collections privés est avant tout l’ignorance et les fausses idées.

Le marché des collections d’œuvre d’art des entreprises est un marché que les assureurs découvrent et qui devrait s’avérer porteur. Ce sont des marchés à prospecter.

La compétition sur les marchés d’assurance d’œuvres d’art est intense. Des acteurs importants ont essayé d’y pénétrer, sans trouver une rentabilité satisfaisante et ont dû quitter ce marché. Pourtant, sur ces marchés, d’autres, tels AXA ART, Hiscox ou XL Insurance ont montré qu’il est possible d’avoir des taux de sinistres sur primes bas et de réaliser des bénéfices.

De plus, le Lloyd’s est convaincu que ce marché devrait être l’un des marchés d’assurance à la croissance la plus soutenue.

Assurément, le dynamisme autour de l’art se reflète dans l’assurance des œuvres d’art et rend celui-ci attractif pour les assureurs et les courtiers.

[3] « La fréquentation touristique du Louvre a augmenté de plus de 400

[4] « Ces monuments victimes de leur succès », Le Figaro, 22

[5] Source : http://www.fiac.com.

[7] «

[8] «

[9] Nathaniel Herzberg, Le Musée invisible – Les chefs-d’œuvre volés, Toucan, p.

[10] Ibid., p.

[12] Ibid.

[14] « Les objets d’art moins taxés », Le Figaro économique, 14

[15] Exemple tiré de « Chefs-d’œuvre cherchent assureurs », Le Figaro, 22

[16] Indice FFB : indice de la Fédération française du bâtiment sur le coût de la construction, sur lequel les polices d’assurance sont indexées.

[17] Protection des œuvres d’art, étude n° EP-02-04 - 01/2003 - CNPP.

[18] Cette étude est consultable sur le site du Lloyd’s :

 

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