Banque publique d’investissement

« Bpifrance joue un rôle de catalyseur et facilite l'accès au crédit »

Créé le

18.05.2017

-

Mis à jour le

24.05.2017

Depuis 2013, Bpifrance partage le risque avec les banques sur le crédit aux TPE-PME en intervenant en garantie ou en cofinancement. La banque publique met l’accent sur des segments parfois moins servis par les acteurs bancaires comme l’immatériel et l’innovation, avec des prêts sans garantie notamment.

Bpifrance a pris sa place dans le financement des TPE-PME. Comment s’articule son rôle par rapport aux banques commerciales ?

Notre objectif est d’accompagner la croissance des entreprises en France à toutes les étapes de leur vie, dans leurs développements, dans l’innovation et à l’international. Bpifrance joue un rôle de catalyseur et facilite l'accès au crédit en cofinançant les investissements ou en investissant au capital des entreprises. Bpifrance intervient de deux manières dans son activité de financement : en garantissant les crédits bancaires, ce qui permet d'alléger le risque pris par la banque, et en cofinançant les projets aux côtés des acteurs privés. En 2016, Bpifrance a accompagné 85 000 entreprises en partenariat avec les banques et les organismes de fonds propres, essentiellement des TPE et PME. Bpifrance finance les investissements matériels ou immatériels pour tous les types de projets – développement, innovation, international, etc. – avec une règle simple : un euro prêté par Bpifrance doit être complété par au moins un euro de prêt ou de capital privé.

Comment financez-vous l’immatériel ?

Nous avons lancé, il y a 4 ans, une famille de produits, les prêts sans garantie, qui financent les investissements immatériels sur 5 à 7 ans avec un différé de remboursement de 2 ans. Ces prêts sont destinés à financer les dépenses immatérielles au sens large, par exemple de la recherche et développement (R&D), du recrutement, l’acquisition d’une filiale à l’étranger, le besoin en fonds de roulement (BFR) lié à une croissance de l’activité… Dans ces situations, il n’y a pas toujours de sous-jacent satisfaisant pour les banques. Ces prêts soumis à la règle du « un pour un » sont souvent complétés par des prêts bancaires visant à financer la partie investissement corporel du projet de développement. Ces prêts sans garantie vont de 10 000 euros à 5 millions d’euros.

Financez-vous l’immatériel pour les TPE ?

Nous avons développé des produits spécifiques pour les TPE. En effet, si les banques commerciales financent bien les TPE, elles le font essentiellement sur la partie matérielle. Sur la partie immatérielle, le BFR notamment, les TPE manquent globalement des fonds propres. Les prêts sans garantie renforcent leur structure financière en jouant le rôle de quasi-fonds propres. Cela facilite ensuite leur financement bancaire. Nous avons donc lancé le « Prêt croissance TPE », sans caution personnelle, en partenariat avec plusieurs régions. Ce prêt d’un montant de 10 000 à 50 000 euros d’une durée de 5 ans avec un différé d’un an a été lancé en 2016 avec les régions Bretagne et Ile-de-France. Nous avons récemment lancé ce prêt dans les régions Hauts-de-France, Centre-Val-de-Loire et Auvergne-Rhône-Alpes. Les autres régions s'y intéressent également. Nous avons, pour ce produit, conçu une approche de dépôts de dossier qui peut être réalisée 100 % en ligne.

Que fait plus globalement Bpifrance pour le segment des TPE ?

Bpifrance est très présente sur ce segment et a financé ou garanti plus de 47 000 TPE en 2016. Nous soutenons majoritairement les TPE de façon indirecte en nous appuyant sur le réseau des banques commerciales qui bénéficient d'une délégation de garantie qui est passée de 100 000 à 200 000 euros. Les banques commerciales des entreprises peuvent ainsi décider elles-mêmes d'inclure la garantie de Bpifrance dans les prêts qu'elles octroient. Cela accélère la réponse pour les TPE. Bpifrance simplifie l’accès au crédit des TPE avec cet outil. Nous intervenons aussi pour les TPE en financement direct, crédit-bail, court terme (préfinancement du CICE), innovation.

Comment financez-vous l’innovation des TPE et PME ?

Bpifrance joue un rôle de catalyseur du marché pour le financement de l’innovation. Il s’agit de financer de l’immatériel, de la recherche, du personnel… Ce financement de l’innovation prend différentes formes. Nous accompagnons la partie amont des projets d'innovation avec des aides comme l’avance remboursable ou des prêts à taux zéro. Nous proposons aussi des prêts sans garantie à l’innovation pour la partie aval, avec la volonté d’accompagner tout le cycle de l’innovation, de l’embauche d’un chercheur à la mise sur le marché d’un produit. Nous proposons des prêts d’amorçage en cofinancement avec des fonds d’investissement, qui complètent les fonds propres. Concernant l'innovation, les règles européennes permettent dans certains cas à Bpifrance d'octroyer des prêts innovation et amorçage sans contrepartie privée.

Est-ce que ce volet innovation sert à financer la transition numérique, alors que les PME françaises seraient en retard en la matière ?

Dès la création de Bpifrance, nous nous sommes saisi du sujet du retard dans la numérisation des PME. C'est un sujet transverse très largement couvert par nos différents produits. Nos prêts sans garantie peuvent financer la transition numérique des entreprises. Nous avons par exemple lancé un prêt sans garantie spécifique, le prêt « Industrie du futur », pour financer le développement technologique des processus industriels. Le prêt croissance TPE peut aussi servir à une TPE à investir dans un site internet, la numérisation de son offre… Les prêts innovation peuvent également servir à cela. Mais un des points clef de notre approche réside dans l’accompagnement que nous offrons aux dirigeants de PME. Nous ne proposons pas seulement du financement mais aussi de l’accompagnement, notamment pour les PME. Nous sommes convaincus qu'il faut vaincre la solitude du dirigeant et lui apporter de l’expertise et de la capacité à le challenger. Nous avons, par exemple, lancé un outil de diagnostic big data  pour accompagner les entreprises dans leurs efforts de digitalisation. Ce diagnostic rapide et efficace est une première brique facile à activer par l’entrepreneur pour engager sa transformation vers le numérique. Nous intégrons également la dimension digitalisation dans nos accélérateurs PME et ETI.

En 2016, le financement de l’innovation a représenté plus de 1,3 milliard d’euros et les prêts sans garantie 2,4 milliards d’euros. Ce sont donc plus de 3,7 milliards d’euros qui ont été injectés dans le financement de l’immatériel en 2016.

Sur ces sujets de l’immatériel et de l’innovation, entendez-vous être très présents parce que les banques financent moins facilement ces risques ?

Les banques sont traditionnellement positionnées sur les investissements corporels, matériels, qui permettent de disposer d'un sous-jacent en cas de difficultés de l'entreprise. L'innovation est par, nature, compliquée à financer, c'est un métier à part entière où la gestion des risques est différente du financement bancaire classique. Bpifrance intervient quand un besoin précis, peu ou pas couvert par le marché, est identifié. Et ce, en partenariat systématique avec le secteur privé. Les prêts sans garantie répondent à des besoins de financement de l’immatériel qui sont autrement financés par de la trésorerie ou des fonds propres. Or, pour beaucoup d’entreprises, ouvrir son capital n’est pas forcément la première solution que le chef d’entreprise voudra activer. Le prêt sans garantie est un prêt de long terme qui est sécurisant et sain pour une entreprise.

Comment sélectionnez-vous les risques, est-ce la banque qui cofinance qui analyse le risque ou avez-vous vos propres critères d’analyse ?

Bpifrance est une banque de Place, supervisée par la Banque Centrale Européenne (BCE), l'ACPR et l'AMF. Quand nous intervenons en cofinancement, nous réalisons nos propres analyses du risque, indépendamment de celles que font les banques partenaires. C'est le double regard. Les critères d’analyse sont proches de ceux qu’une banque commerciale utiliserait : le sujet est de savoir si l’entreprise peut rembourser le crédit. Nous analysons l’entreprise, sa solidité, sa capacité à porter le projet… Nous ne tirons donc pas toujours les mêmes conclusions. Mais nous sommes souvent en phase. En innovation, s'agissant d'aides, nous avons une approche qui n'est pas bancaire, nous utilisons donc d’autres critères d’analyse.

Vous arrive-t-il de ne pas suivre une banque en cofinancement, après analyse d’une demande de crédit ?

Cela peut arriver, mais cela arrive rarement. Lorsqu’une banque accorde un financement, elle montre la confiance qu’elle a dans son client. C’est une donnée majeure que nous prenons forcément en compte.

Vous intéressez-vous aux nouvelles méthodes de scoring qui utilisent des données non conventionnelles ?

Nous sommes intéressés par les apports qui vont nous permettre d’enrichir la pertinence de nos outils d'analyse, par des apports de dimension plus économique que seulement financière. Nous sommes en phase de recherche et développement sur ce sujet.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº809