France Payments Forum

Bienvenue dans le monde du paiement d’après

Après dix-huit mois d’absence pour cause de pandémie, France Payments Forum a organisé une journée pour parler de l’avenir du paiement et de la monnaie numérique dans un monde post-confinement et post-Covid-19. Revue Banque y était. Retour sur quelques-uns des (nombreux) sujets et acteurs de cette journée.

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Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°862

Le crédit dans tous ses états

Dire que les différents confinements de 2020 et la pandémie de Covid-19 toujours en cours sur la planète ont changé le monde du paiement est une tautologie. Mais n’est-il pas bon de s’interroger sur ce qui, en pratique, a évolué dans ce secteur d’activité ? C’est ce à quoi s’est attelé France Payments Forum, le 9 novembre dernier, lors de ses neuvièmes rencontres intitulées « Le Monde d’après : continuités et ruptures ». En présentiel comme en visioconférence, elles réunissaient des intervenants européens des sphères publique et privée pour faire un point sur les paiements à l’échelle européenne et sur la façon d’aborder la monnaie numérique, qu’il s’agisse des cryptomonnaies actuelles ou d’un futur e-euro, en réponse aux stablecoins étatiques ou privés qui se précisent de jour en jour.

Les enjeux de la monnaie numérique souveraine

Alors que la BCE a lancé le 14 juillet dernier une étude de 24 mois sur les usages d’un euro numérique et les techniques à mettre en œuvre pour y parvenir, cryptomonnaies et stablecoins ont beaucoup fait parler. Adeline Bachellerie, de la Banque de France, a indiqué que « la plupart des banques centrales réfléchissent à ces monnaies, aussi bien pour le paiement de détail que de gros ». Selon elle, il faut d’abord donner une définition juridique de l’euro numérique, mais également travailler avec les différents acteurs (banques, fournisseurs de solutions techniques, particuliers et marchands) pour en déterminer les usages. D’après Isabelle Martz, intrapreneur cryptomonnaie à la Société Générale, il y a plusieurs cas d’usage possibles, comme les paiements transfrontaliers, dont « des solutions qui se montent dans le B2B avec des paiements “tokenisés” et le remplacement des correspondants bancaires par des monnaies de banques centrales multidevises », ou l’émission de security tokens pour les marchés financiers. Elle estime en revanche qu’il est encore difficile d’identifier des besoins en la matière au niveau du commerce de détail. Enfin, créer une monnaie numérique souveraine n’est pas suffisant, il faut créer l’offre correspondante pour les différents acteurs. Comme le constate Nadia Filali, directrice des programmes blockchain et cryptoactifs de la Caisse des Dépôts, « avec le e-yuan, la Chine n’a pas simplement créé une monnaie de banque centrale, mais une zone commerciale et son écosystème ».

La question concurrentielle de Facebook et Google

Pour Hervé Sitruk, président du France Payments Forum, « nous sommes à un moment important de l’évolution des paiements internationaux. Des big techs (grandes entreprises privées venues de l’IT, et non originaire de la sphère financière, comme Facebook, Apple ou Google) veulent investir le marché des paiements. Ils veulent créer des espaces fermés de paiements, sortes de féodalités mondiales sans interopérabilité ». Le premier objectif de ces géants numériques est avant tout d’attirer toujours plus d’utilisateurs et d’exploiter les données liées au paiement. Toutefois, cette fragmentation pose de nombreuses questions, au premier chef celle de la souveraineté des devises, dont l’euro.

Donde esta l’Europe des paiements ?

S’interrogeant sur le retard à l’adoption généralisée du virement instantané dans la zone SEPA, Eric Ducoulombier, représentant de la Commission européenne, a annoncé le lancement, au premier semestre 2022, d’une étude d’impact sur le sujet. Directeur numérique, système et moyen de paiement à la Fédération bancaire française (actionnaire de Revue Banque), Jérôme Raguénès lui a répondu qu’« il faut faire le Schengen des moyens de paiement » et aller plus loin dans la compatibilité des différentes solutions nationales entre elles. Selon lui, à travers le virement instantané et l'EPI (voir encadré), la zone SEPA doit trouver son modèle économique, qui n’est pas nécessairement celui du virement standard. Mais plus que pour une intervention des autorités, il a plaidé pour laisser faire la concurrence et qu’émergent de nouvelles solutions.

L’instantané, pierre philosophale ?

Régis Folbaum, directeur des paiements de La Banque Postale et président de FrenchSys, estime que « l’instant payment dans la gig economy [1], c’est très important, mais pour le trésorier de Carrefour recevant les encaissements du samedi, c’est moins pertinent. Il y a plusieurs cas d’usage, il y a une demande, mais ce n’est pas la pierre philosophale du paiement ». Autour des nouveaux usages nés du virement instantané, le sujet du request-to-pay (ou initiation de la demande de virement par le créditeur et non le débiteur) a été abondamment discuté. Selon le directeur général de SEPAmail, Jacques Vanhautère, le request-to-pay est avant tout une question de messagerie, non de paiement, et il faut répondre à deux questions avant d’envisager son déploiement : comment échanger les demandes sur une infrastructure décentralisée ? Comment enrôler et activer les acquéreurs ? « Tant qu’il n’y aura pas d’échanges entre demandeurs et payeurs, il n’y aura pas décollage, prévient-il. Nous avons une cible, il nous manque le chemin pour l’atteindre. »

 

 

 

[1] L’économie des « petits boulots », celle des plateformes comme Uber ou Deliveroo.

 

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