Secteur public

La BFM, un modèle de banque mutualiste sectorielle

Loin des problématiques des banques too big to fail, la Banque Fédérale Mutualiste (BFM) se concentre sur les fonctionnaires. Elle a dû nouer des liens avec la Société Générale afin de fournir des produits et services bancaires à ses clients. Présentation de la banque par Yves Marthos, son président, et Vincent Girard, directeur général.

L'auteur

Revue de l'article

La Banque Fédérale Mutualiste est-elle un objet financier non identifiable ?

Avec un million de clients, nous ne sommes pas complètement invisibles, mais les valeurs que nous défendons et l’originalité de notre mode de fonctionnement font de la BFM une banque à part.

Contrairement aux autres banques coopératives, les sociétaires de la BFM sont des mutuelles santé de la Fonction publique. Nous offrons à leurs adhérents des produits bancaires performants dans le respect de nos valeurs mutualistes. Par ailleurs, nous sommes engagés dans une démarche de responsabilité sociale et environnementale. Nous optimisons notre mode de gouvernance avec la tenue régulière d’un Comité d’audit, créé en 2011, ou encore avec l’organisation prochaine d’un séminaire des sociétaires et membres du Conseil d’administration, afin de réfléchir collégialement sur nos problématiques. La promotion de l’égalité des chances fait également partie de nos actions. Ainsi, nous avons mis en place des dispositions pour favoriser l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap, notamment en évaluant notre capacité à accueillir les différents types de handicap et en recrutant des collaborateurs dans cette situation. Nous ne faisons donc pas de green washing, nos offres et notre mode de gouvernance démontrent que nous appartenons réellement à l’économie sociale et solidaire.

Au regard de la quantité limitée de vos services, n’êtes-vous pas, au final, qu’un produit financier des mutuelles santé de la Fonction publique ?

Non, nous faisons de la banque au sens originel du terme, à savoir collecter des dépôts pour les réinvestir dans des prêts personnels pour les adhérents, et non spéculer sur les fonds qui nous sont confiés. Nous nous considérons comme un service public financier. Nous ne nous contentons pas de vendre des produits à nos clients. Malgré la société de consumérisme pur que nous vivons actuellement, nous apportons des services additionnels à nos clients, afin de faire la différence avec la concurrence. Ainsi, nous accompagnons nos clients dans tous les moments et événements de leur vie. Depuis plusieurs années, nous avons engagé des actions, en partenariat avec l’association Crésus, pour prévenir les risques de mal endettement et surendettement. C’est pour cette raison que nous militons pour le fichier positif. Notre enjeu consiste à fournir à nos clients de la compétence technique, de la transparence et des produits simples.

La BFM est associée à la Société Générale pour les moyens de paiement et les services en agence. N’est-ce pas une liaison dangereuse avec une banque commerciale ?

Nous ne sommes pas liés à la Société Générale par des liens capitalistiques, mais nous avons noué un véritable partenariat basé sur la confiance. Nous avons des intérêts communs. Nous n’avons pas d’autre choix que nous associer à une grande banque, car nous ne pouvons pas nous permettre d’investir dans un processus aussi lourd que la mise en place des moyens de paiement.

Si ce partenariat peut être un frein à l’adhésion de certains clients, pour autant nous enregistrons un taux d’attrition deux fois moins élevé que les autres banques.

BFM n’a pas échappé au scandale avec l’affaire Urbania [1]. Ne craignez-vous pas d’autres désagréments avec votre exposition sur les dettes souveraines portugaises, irlandaises et espagnoles ?

Nous avons définitivement clôturé le dossier Urbania en décembre 2012. Il s’agissait d’une affaire d’escroquerie imprévisible. Malgré la moins-value générée par cette affaire, qui a impacté les comptes de notre filiale la Banque Française, le résultat net de la BFM est en progression. De plus, nous enregistrons un taux de solvabilité Tier One à plus de 10 % et notre Comité d’audit a calculé que la BFM répond aux exigences de Bâle III au moins jusqu’en 2019.

En ce qui concerne les dettes souveraines, nous les avions prises afin de respecter les ratios de fonds propres. À l’époque, on pouvait difficilement prévoir les difficultés de ces États. Les dettes souveraines n’étaient pas plus risquées que les corporates. Pour le moment, nous considérons qu’au regard des mesures prises par ces pays et par l’Union européenne, le risque de défaillance n’est pas avéré. Mais là encore, la BFM reste vertueuse, car nous ne comptons pas nous repositionner et déboucler ces fonds. Nous irons jusqu’au bout de l’échéance.

Vu la tendance haussière de vos résultats, comment la BFM aborde-t-elle l’avenir ?

Actuellement, nous ouvrons 40 000 comptes bancaires supplémentaires par an et avec un potentiel de 12 millions de clients agents du secteur public, nous pensons que notre développement se trouve en très bonne voie. Notre modèle de banque coopérative est duplicable et devrait se propager, car il reste sain et solide. Contrairement à l’opinion répandue, nous estimons que nous ne sommes pas en crise, mais acyclique !

Propos recueillis par Samorya Wilson

[1] Révélée en 2010, l’affaire Urbania concernait un syndic de copropriété qui avait ouvert des comptes bancaires dits « reflets » auprès de la Société Générale, Monte Paschi, Banque Française (filiale de la BFM) et Fortis, pour pouvoir contourner la loi qui interdit de récupérer les fruits des fonds versés par les copropriétaires. Or une partie des fonds ont été investis dans des placements risqués et peu liquides qui se sont évaporés.

 

Sommaire du dossier

Banques coopératives : des valeurs, des sociétaires, de la finance… mais encore ?

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