Géant chinois

Alipay et MYBank, bras armés d’Alibaba dans les services financiers

Créé le

20.12.2017

-

Mis à jour le

22.12.2017

Créé en 2014, Ant Financial n’a déjà plus rien de la petite fourmi qui lui sert de mascotte. Le groupe chinois chapeaute en effet des services financiers comme Alipay et ses 520 millions d’utilisateurs, ou encore MYBank, néobanque qui vient secouer le secteur bancaire chinois. Il faut dire que derrière la fourmi, c’est le géant de l’internet chinois Alibaba qui est à la manœuvre…

Quels sont les principaux usages d’Alipay en Europe ?

Notre objectif est d’offrir aux utilisateurs chinois d’Alipay visitant l’Europe la même expérience que celle dont ils bénéficient en Chine. C’est pour cette raison que nous développons un réseau d’acceptation à l’international pour les touristes chinois. Nous souhaitons leur fournir, en plus d’un moyen de paiement, différentes informations au sujet des commerçants locaux, des attractions et itinéraires touristiques recommandés, des offres commerciales uniques, et d’autres types d’avantages. Nous offrons aussi à nos utilisateurs divers types de services à forte valeur ajoutée tels que le remboursement instantané de la détaxe via Alipay, ainsi que des taux de change compétitifs. Pour les commerçants, c’est donc un moyen d’augmenter leur chiffre d’affaires, grâce à une communication digitale ciblée, mais aussi un moyen de faciliter la communication malgré la barrière de la langue et d’augmenter la satisfaction de ces clients.

En Europe, et particulièrement en France, l’écosystème de paiement est centré sur les cartes. Cela requiert-il des ajustements de la solution Alipay, qui est centrée sur le mobile et les QR codes ?

Plusieurs solutions sont développées pour permettre à différents types de commerçants d’accepter les paiements avec Alipay. En France, nous avons besoin de construire l’infrastructure en partenariat avec les fournisseurs de terminaux, les institutions financières et les commerçants. Aujourd’hui, nous disposons des solutions techniques pour permettre ces paiements dans des milliers de commerces. Au sein du marché européen, Alipay va apporter son expertise non seulement sur le paiement par QR codes, mais aussi en matière de marketing mobile, pour renforcer l’attractivité des commerçants. Les paiements et le marketing sur mobile vont en effet continuer à croître dans les années à venir, et ce alors que,  pour faciliter leur quotidien, les consommateurs demandent de plus en plus de services allant au-delà du simple paiement.

Quelles relations entretenez-vous avec les banques européennes ?

Nous collaborons étroitement avec les banques pour développer notre réseau d’acceptation chez les commerçants européens. Nous travaillons ainsi avec les institutions financières et les fournisseurs technologiques pour offrir aux commerçants locaux des solutions faciles à mettre en œuvre, aussi bien du point de vue des flux financiers que de la technique. De plus, Alipay collabore avec des banques acquéreurs et des partenaires marketing pour créer des campagnes visant à attirer les touristes chinois chez les commerçants participants.

Quelles sont les principales étapes du développement d’Alipay, d’un système de paiement en ligne chinois à une solution de paiement international, à la fois off- et online ?

Alipay a été créé pour résoudre la problématique de la confiance entre vendeurs et acheteurs en ligne. Peu de gens connaissent l’histoire de la première transaction d’Alipay, alors moyen de paiement de Taobao, la plate-forme d’e-commerce d’Alibaba. Cela remonte à octobre 2003. Pour la petite histoire, il s’agissait d’une transaction transfrontalière entre un acheteur chinois et un vendeur qui étudiait au Japon. Le bien échangé était un appareil photo produit au Japon pour un prix de 2000 yuan (environ 256 euros aujourd’hui).

En 2007, certains sites d’e-commerce à Hong Kong ont commencé à accepter Alipay pour répondre à la demande de clients de Chine continentale à la recherche de produits cosmétiques. En 2010, le site de e-commerce transfrontalier AliExpress est créé. Alipay commence alors à travailler avec des partenaires financiers étrangers pour mettre en place des canaux afin qu'acheteurs et vendeurs étrangers puissent utiliser des moyens de paiement qui leur sont familiers. Nous constatons aujourd’hui que chaque année, le 11 novembre (« Double 11 » [1] ), des acheteurs de plus de 200 pays et territoires passent leurs commandes en ligne au même moment.

La première transaction dans un magasin physique a quant à elle eu lieu en janvier 2014, à Hong Kong, et le déploiement massif à l’étranger a commencé durant l’été 2015. Alipay est désormais accepté par des centaines de milliers de commerçants dans 34 pays et territoires à l’étranger.

En plus de fournir des services à près de 520 millions de consommateurs chinois, nous travaillons aussi avec des partenaires stratégiques dans 6 pays en Asie afin de développer des portefeuilles électroniques, utilisés aujourd’hui par 280 millions d’utilisateurs locaux. Pour nous, chacun d’eux est une étape sur notre chemin vers la distribution de services financiers digitaux inclusifs à plus de gens dans le monde.

En Europe, nous concentrons actuellement nos efforts sur les partenariats avec les acquéreurs locaux afin d’étendre le réseau de commerçants pour les touristes chinois. Nous avons commencé à la fin de l’année 2015 et nous sommes maintenant disponibles dans près de 15 pays.

Le régulateur chinois a récemment octroyé de nouvelles licences bancaires à des acteurs privés. Ant Financial, via MYBank, est l’un d’eux. Quelles sont les principales différences entre les banques traditionnelles et vous ?

MYBank ne s’appuie pas sur un réseau d’agences, c’est une banque construite dans le cloud. L’un de ses produits phares est le prêt aux e-commerçants (Online Merchant Loan). Les commerçants actifs sur les sites de commerce en ligne d’Alibaba et d’autres plates-formes partenaires peuvent facilement solliciter un crédit sur la base de leurs registres de vente. MYBank a mis en place un modèle « 3-1-0 » pour ces prêts : le commerçant renseigne sa demande en moins de trois minutes, il reçoit son prêt en une seconde et zéro opération manuelle n’est nécessaire. Grâce au cloud computing et au Big Data, nous pouvons octroyer des prêts de 40 000 RMB [2] en moyenne à des petites entreprises et des micro-entrepreneurs. Ce qui fait de MYBank un acteur complémentaire des banques traditionnelles en termes de base de clientèle.

Dans quelle mesure les services de gestion de patrimoine (Ant Fortune) et l’activité de scoring de crédit (Zhima Credit) utilisent-ils l’intelligence artificielle (IA) ?

Le système de gestion des risques de crédit de MYBank s’appuie à la fois sur des règles et des modèles développés et utilisés par les établissements de crédit traditionnels et sur d’autres, mis au point en interne. MYBank utilise ainsi plus de 100 modèles de gestion des risques et plus de 3 000 points de contrôle en amont, pendant et en aval de l’octroi des prêts. Pour ce qui concerne Zhima Credit, il est à noter que ses services ne sont aujourd’hui pas utilisés pour l’activité de crédit de Ant. En revanche, un client avec un score Zhima élevé pourrait bénéficier d’une dispense de verser des dépôts de garantie par exemple dans les hôtels ou auprès de loueurs de voitures.

Le groupe Ant Financial a récemment nommé un spécialiste de l’IA à la tête de son Comité consultatif scientifique. Quels développements en matière d’IA peuvent être envisagés ?

L’IA est déjà largement utilisé par différents produits et services au sein de Ant. Cela inclut en particulier un assistant intelligent sur Alipay, qui assure la sécurité des transactions et réduit le taux de fraude. L’IA joue un rôle essentiel dans la stratégie de Ant et c’est une des principales technologies dans lesquelles nous investissons et que nous développons.

Regardez-vous également la blockchain ?

Ant a mis en pratique les technologies de la blockchain dans le cadre de la plate-forme d’Alipay pour les œuvres de bienfaisance et les dons. Plus de 350 ONG et organismes caritatifs présents sur la plate-forme peuvent utiliser les technologies blockchain fournies par Ant pour permettre aux donateurs ainsi qu’à d’autres parties prenantes de suivre où va leur argent.

 

1 Le Double 11, aussi connu sous le nom de « journée des célibataires », est un jour de festivité pour les jeunes Chinois, sorte de « Saint-Valentin », durant lequel est organisée une grande braderie sur les sites de e-commerce du groupe Alibaba.
2 Soit un peu plus de 5 000 euros, ndlr.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº815
Notes :
1 Le Double 11, aussi connu sous le nom de « journée des célibataires », est un jour de festivité pour les jeunes Chinois, sorte de « Saint-Valentin », durant lequel est organisée une grande braderie sur les sites de e-commerce du groupe Alibaba.
2 Soit un peu plus de 5 000 euros, ndlr.