Le crédit à la consommation à la loupe

Un marché en mutation

Créé le

12.07.2010

L’effondrement des encours de crédit à la consommation ne peut s’analyser au seul filtre d’un environnement économique dégradé. D’autres tendances plus durables sous-tendent cette évolution.

La crise économique et financière internationale n’a pas épargné le marché des crédits à la consommation. En 2009, alors que leur environnement se dégradait (récession économique, montée du chômage…), les ménages ont reconsidéré leurs projets de consommation et leur demande de crédits s’est repliée rapidement et de manière sensible.
Aussi, en 2009, la diffusion des crédits à la consommation parmi les ménages a reculé : 31,7 % des ménages détenaient de tels crédits fin 2009, contre 33,8 % une année auparavant. Après dix années durant lesquelles les ménages ont intensifié leur recours à ces crédits, la rupture a été remarquable.
Mais un examen attentif de cette évolution révèle aussi des transformations plus profondes, au-delà des conséquences que la crise aura imprimées, exprimant maintenant le changement des habitudes et des pratiques de consommation de certaines catégories de ménages, les jeunes et les seniors notamment [1] .

 

La diffusion des crédits en 2009

D’après l’Observatoire des crédits aux ménages, fin 2009, 31,7 % des ménages détenaient un crédit à la consommation. Plus précisément, 20 % des ménages ne disposaient que des crédits à la consommation et 11,7 % avaient en même temps des crédits immobiliers et des crédits à la consommation (graphique 1).
Ce sont donc 8,67 millions de ménages qui disposaient d’un tel crédit en 2009 : 5,47 millions que des crédits à la consommation et 3,2 millions des crédits au double titre de l’immobilier et de la consommation.
Dans le contexte d’une crise particulièrement sévère, le taux de détention des crédits à la consommation est ainsi redescendu au niveau qui était le sien en 1997. La part la plus importante de l’évolution a été portée par le recul dans la diffusion des « cartes » de magasin, le recul des crédits à la consommation contractés auprès d’une banque ou d’un organisme de crédit ayant été de moindre ampleur, alors que la part des ménages qui contractent un crédit à la consommation auprès d’un vendeur a augmenté.
Pour la seule année 2009, 5,64 millions de ménages ont eu recours à un ou plusieurs nouveaux crédits à la consommation (- 7,4 % en 2009 et - 11,7 % depuis 2007) : ils ont alors contracté 7,09 millions de nouveaux prêts (- 7,6 % en 2009 et - 11,0 % depuis 2007). L’examen du détail des évolutions intervenues selon le type de financement considéré montre cependant que le recul de la production nouvelle n’a pas été uniforme :

  • les crédits destinés aux locations avec option d’achat ont connu le recul le plus rapide en 2009 avec - 11,7 % par rapport à 2008 pour le nombre des crédits accordés (- 10,5 % depuis 2007) ;
  • la diminution a été la moins forte pour les prêts personnels : - 5,3 % par rapport à 2008 pour le nombre des crédits accordés (- 16,3 % depuis 2007) ;
  • les financements affectés se repliaient à peu près comme l’ensemble du marché avec - 8,6 % pour le nombre des crédits accordés (- 8,1 % depuis 2007).

Et alors que les ménages percevaient de plus en plus clairement les conséquences que la crise économique et financière internationale faisait peser sur eux, ils ont sensiblement révisé à la baisse leurs intentions de recours à de nouveaux crédits depuis 2008. Ainsi dès 2008, 4,6 % des ménages déclaraient avoir à l’intention de souscrire un crédit à la consommation dans les six premiers mois de 2009, contre 5,1 une année auparavant. Depuis, les ménages restent très prudents, guère rassurés sur les perspectives économiques. Leurs intentions concernant la souscription de nouveaux crédits ont ainsi encore reculé en 2009 : fin 2009, 4,4 % envisageaient le recours à de nouveaux crédits à la consommation, soit le pourcentage le plus bas constaté par l’Observatoire depuis le début des années 2000 (graphique 2)

Nombre de crédits accordés
2006 2007 2008 2009
Crédit à la consommation, dont 7615 7972 7677 7093
  • Financements affectés
4854 5050 5075 4639
  • Prêts personnels
2629 2770 2448 2318
  • Locations avec option d'achat
132 152 154 136

 

Nombre de ménages concernés
Crédit à la consommation 6094 6389 6094 5644

Sources : d'après ASF et Banque de France

Les jeunes, un recours raisonné au crédit à la consommation

Les ménages de moins de 30 ans font partie de ceux qui, dans la seconde moitié des années 2000, ont modifié leur comportement à l’égard du crédit. Ils ont intensifié leur recours au crédit et toutes les formes de crédits ont contribué à cette évolution : avec une remontée particulièrement vive pour les crédits immobiliers (et principalement ceux pour l’accession à la propriété).



Et dans un contexte de recul de la diffusion des crédits parmi les ménages, les moins de 30 ans se sont singularisés en 2009. Alors que leur taux de détention des crédits à la consommation reculait comme pour la plupart des ménages, les moins de 30 ans ont intensifié le recours aux crédits immobiliers. Ce sont ainsi 21,2 % d’entre eux qui accèdent désormais à la propriété, soit la proportion la plus élevée que l’Observatoire ait eue à connaître depuis la fin des années 1980.



Cependant en 2009, ce sont encore 37,2 % des moins de 30 ans qui utilisent des crédits de trésorerie, contre 24,0 % pour les 55 ans et plus et 31,7 % pour l’ensemble de la population. Et 42,8 % font appel au découvert bancaire contre, respectivement, 13,4 % et 25,1 %.



Lorsque les jeunes ménages utilisent des crédits à la consommation, c’est pour une majorité d’entre eux dans le but de financer l’achat d’une automobile ou d’une moto (75 % d’entre eux contre 58 % pour l’ensemble des ménages). Équiper la maison ou financer des loisirs sont des utilisations également répandues chez tous les ménages (24,8 % d’entre eux contre 23,4 % pour l’ensemble des ménages). Les jeunes sont cependant un peu moins nombreux à recourir aux crédits à la consommation pour leur consommation courante ou une facture exceptionnelle que l’ensemble des ménages (19 % d’entre eux contre 19,8 % pour l’ensemble des ménages).



Les jeunes estiment le poids de leurs charges de remboursement à peu près comme tous les ménages : 15,4 % considèrent que ce poids est trop ou beaucoup trop élevé contre 15,6 % ; et 46,5 % estiment que ce poids est supportable ou très supportable contre 50,5 %.



Une analyse plus détaillée montre alors que lorsque les jeunes ménages n’utilisent que des crédits immobiliers, leur situation n’est guère tendue : une proportion relativement faible d’entre eux (10,4 %) estime que les charges sont trop élevées et 3,4 % déclarent que c’est difficile ou que les dettes sont nécessaires pour boucler les fins de mois (contre 10,5 % lorsqu’ils ne disposent d’aucun crédit et 11,7 % pour l’ensemble des jeunes).



La situation paraît en revanche plus tendue s’ils utilisent des crédits à la consommation : ils sont 19,5 % à estimer leurs charges comme trop ou beaucoup trop élevées lorsqu’ils n’utilisent que des crédits à la consommation et 11,9 % dans ce cas lorsqu’ils utilisent des crédits immobiliers et des crédits à la consommation. Ainsi, leur situation est plus difficile : 68,2 % de ceux qui n’ont que des crédits à la consommation recourent au découvert bancaire et 19,5 % considèrent que c’est difficile ou que les dettes sont nécessaires ; les proportions sont respectivement de 53,0 % et de 7,3 % lorsque les jeunes utilisent des crédits à la consommation et des crédits immobiliers.



Ces différences s’expliquent aisément lorsqu’on observe les niveaux des revenus de ces jeunes ménages : 29,7 % des moins de 30 ans qui ne disposent que de crédits immobiliers ont des revenus mensuels inférieurs à 2 Smic (respectivement 2,2 % avec moins d’un Smic) alors que 62,8 % des moins de 30 ans qui ne font appel qu’aux seuls crédits à la consommation ont des revenus mensuels inférieurs à 2 Smic (respectivement 15,1 % avec moins d’un Smic).



Pour autant, les jeunes ne sont guère plus fragiles que les autres ménages. Leur part dans la population des ménages fragiles est à l’image de celle qui est la leur parmi les ménages qui disposent de crédits.

 

Les seniors, des nouveaux consommateurs de crédit

La montée de l’usage des crédits à la consommation chez les seniors constatée par le passé tient à deux causes principales :

  • une habitude répandue pour beaucoup de financer les biens d’équipement ménager et l’achat d’automobile, pour eux-mêmes ou pour d’autres (enfants et petits enfants) : un effet de génération (les seniors d’aujourd’hui constituent la première génération à avoir acquis l’habitude du crédit durant sa jeunesse) mais aussi, pour une bonne part d’entre eux, une capacité nouvelle de réalisation de projets que leur situation financière leur permet ;
  • une pratique qui se répand pour d’autres, celle du recours aux crédits de trésorerie pour pallier les insuffisances de leur budget habituel.

La remontée de l’usage du crédit par les seniors s’observe alors dès 2005. Mais en 2009, ces ménages ont réduit leur recours aux crédits : le repli concernant autant les crédits immobiliers que les crédits à la consommation.



Lorsqu’ils utilisent des crédits à la consommation, c’est moins souvent que les autres ménages pour acquérir une automobile ou une moto ; mais c’est plus fréquemment que les autres ménages pour faire face à une dépense de la vie courante (dans 24,5 % des cas pour les 70 à 74 ans et même 34,5 % des cas pour les 75 ans et plus, contre 19,8 % pour l’ensemble des ménages).



Depuis le milieu des années 1990 et singulièrement depuis le milieu des années 2000, le renforcement des difficultés rencontrées pour ces ménages est notable. Leur usage des crédits à la consommation est ainsi fréquent pour supporter des dépenses de la vie courante. Surtout pour les 65 ans et plus : une proportion importante (plus importante que chez les autres classes d’âge) des ménages estime avoir connu une dégradation de leur situation financière (dans 49 % des cas pour les 65 à 69 ans, 47,4 % des cas pour les 70 à 74 ans et 49,5 % des cas pour les 75 ans et plus, contre 42,6 % pour l’ensemble des ménages).

 

Un contexte difficile

Depuis le début de l’année 2010, la demande reste inquiète, notamment en raison des incertitudes économiques et de la montée rapide du chômage. En outre, la sortie progressive des dispositifs de soutien du Plan de relance (la prime à l’automobile) va commencer à peser sur la consommation des ménages. Il est donc à craindre qu’en dépit du retour du dynamisme du côté de l’offre de crédits, la diffusion du crédit à la consommation parmi les ménages recule encore légèrement ou, au mieux, se stabilise.

1 On pourra aussi sur ce thème consulter avec intérêt l’ouvrage de Nicolas Pécourt : « Un monde sans crédit », Eyrolles, Éditions d’Organisation, 2010.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº726
Notes :
1 On pourra aussi sur ce thème consulter avec intérêt l’ouvrage de Nicolas Pécourt : « Un monde sans crédit », Eyrolles, Éditions d’Organisation, 2010.