Financement des économies africaines

Maintenir la croissance malgré la crise

Créé le

26.07.2010

Si l’Afrique a réussi à préserver sa croissance économique globale, elle subit cependant certains effets liés à la crise comme la chute des investissements directs étrangers. En réponse, l’action combinée des banques multilatérales de développement et des banques à capitaux privés vise à atteindre des secteurs économiques partiellement exclus du crédit, en particulier les PME.

La croissance des pays africains semble mieux résister aux effets de la crise économique et financière que les pays développés. Il suffit pour s’en rendre compte de comparer les chiffres de la croissance au niveau mondial. Quand les économies des pays industrialisés ont stagné en 2008 (+0,6 %) et se sont fortement contractées en 2009 (-3,4 %), l’Afrique quant à elle a enregistré une croissance de 5,2 % en 2008 et de 1,7 % en 2009[1] (encadré 1).

Mais comme l’a prédit le FMI, quand la crise aura atteint les rivages africains son impact sera considérable. La crise pourrait, en effet, donner un coup de frein au développement de l’Afrique et annihiler les progrès réalisés ces dix dernières années dans plusieurs pays du continent. On constate d’ores et déjà certains effets sur les économies africaines : chute des transferts de migrants estimée à -10 % en 2009, chute des investissements directs étrangers (IDE) (-36 % en 2009 par rapport à 2008), difficulté d’accès aux crédits… Quelles mesures prendre et quelles stratégies les banques doivent-elles adopter pour rétablir le crédit et contribuer aux financements des grands projets en Afrique ?

L’action des banques multilatérales de développement

L’Afrique doit être plus attractive pour capter le surplus d’épargne des pays développés et l’orienter vers des investissements régionaux. Ceci passe impérativement par le développement d’infrastructures financières et bancaires viables et indépendantes. Les banques multilatérales de développement (BMD) ont entrepris, dès les premières heures de la crise, des mesures concrètes pour soutenir les économies africaines les plus touchées en accordant de nouvelles lignes de crédit ou en créant des structures destinées à faciliter aux PME l’accès au capital.

En effet, dans cette période d’incertitude, l’Afrique a plus que jamais besoin de l’aide au développement. Mais, la quête de souveraineté économique, sur laquelle plusieurs pays africains se sont engagés, doit continuer. Les acquis du secteur financier doivent se confirmer pour offrir aux banques le cadre et les moyens de contribuer au développement des économies africaines post-crise. Les banques à capitaux privés devront à terme devenir le moteur de l’économie africaine, et ce, même si, à ce jour, l’Afrique affiche des taux de bancarisation de la population inférieurs à 20 %[2] et que l’indice d’accès aux services financiers est inférieur à 40 % pour la plupart des pays africains.

Le financement des PME

Les BMD qui œuvrent en Afrique permettent aux pays les plus pauvres – éligibilité sur la base du PIB par habitant – d’accéder aux capitaux en bénéficiant de financement à faible coût. Ainsi, la Banque Africaine de Développement (BAD) a accordé, via le Fonds africain de développement, 5 milliards de dollars en 2009. L’Association internationale de développement (groupe Banque Mondiale) consacre pas moins de 40 % de ces crédits à l’Afrique subsaharienne. Par ailleurs, l’aide publique au développement a enregistré un nouveau record en 2008. Elle s’est élevée à 120 milliards de dollars en augmentation de 10 % en terme réel par rapport à 2007. Tous ces acteurs de l’aide au développement sont alignés sur une stratégie de développement durable basée sur un secteur privé solide. En témoigne la stratégie à moyen terme de la BAD qui concentre ses efforts sur la gouvernance, l’infrastructure, le secteur privé et l’enseignement.

Cette stratégie s’est aussi traduite par la création en janvier 2010 du Fonds africain de garantie (AGF) par la BAD. Ce fonds a pour objectif de garantir les crédits contractés par les PME auprès de banques à capitaux privés. L’Afrique s’est de même dotée le 25 décembre 2009 d’une nouvelle institution financière : la Banque Africaine d’Investissement (BAI). Parmi les missions de cette banque figurent notamment le renforcement des activités du secteur privé et la modernisation du secteur rural.

Motivés par la volonté de remédier aux contraintes actuelles d’accès des PME au crédit, les efforts des banques de développement semblent converger vers un objectif commun : fournir aux PME les garanties nécessaires pour financer leur développement en plus des lignes de crédits mises à leur disposition.

Dans cette lignée d’actions, la Société Financière Internationale vise une dotation d’environ 2 milliards de dollars en 2010 qu’elle consacrera à l’amélioration du climat des affaires, à faciliter l’accès des PME au crédit bancaire ainsi qu’au financement des projets miniers, pétroliers et agroalimentaires.

L’exemple de l’Afrique du Sud et des pays de l’Afrique du Nord montre, en effet, que dans un environnement financier développé soutenant les petites et moyennes entreprises, ces dernières prospèrent et contribuent plus fortement à la croissance économique.

Les banques à capitaux privés élargissent leurs offres

L’amélioration du cadre réglementaire et de l’infrastructure financière a ouvert les portes au développement du secteur bancaire en Afrique. Ces dernières années ont vu l’émergence de banques « afro-africaines » solides, mais aussi la ruée de grandes banques internationales vers le continent.

Attijariwafa Bank a fait le choix d’acquérir d’autres banques africaines pour asseoir sa position de première banque maghrébine. L’établissement a en effet confirmé sa vocation à se réaliser dans sa dimension africaine en acquérant le Crédit du Congo (1re banque du pays) et l’Union Gabonaise de Banque (3e banque domestique). Ces opérations, conclues respectivement en septembre 2009 et en novembre 2008, portent à 12 le nombre de pays où Attijariwafa Bank est présente. Les PME des pays d’implantation constituent un objectif pour la banque, à l’exemple du Sénégal, où elle accompagne le développement des PME « à travers la mise à disposition des opérateurs d’une division appropriée et des produits bancaires et financiers innovants ». La United Bank of Africa (UBA), 2e banque d’Afrique occidentale et opérant dans 16 pays africains, cherche aussi à renforcer sa présence au Kenya en accompagnant les PME. UBA propose à ces dernières un package de services leur permettant de réduire les coûts d’utilisation de certains instruments commerciaux. Le groupe ouest africain Ecobank se développe désormais sur 27 pays africains et vise le financement des économies locales.

Plusieurs groupes bancaires essaient de toucher un nombre de plus en plus grand d’entreprises en s’appuyant sur des agences locales et en essayant d’utiliser les entités de microfinance (Ecobank consent ainsi des prêts supérieurs à 50 millions de dollars à des grands instituts de microfinance) et les coopératives (comme Sacco au Kenya) en particulier dans le milieu rural.

L’innovation est également promordiale pour l’expansion de la bancarisation, en particulier avec la diffusion des DAB et des points de vente (même au travers la mise en place de kiosques et de banques mobiles), mais aussi avec une forte expansion des services bancaires par téléphone (selon Wireless Intelligence, 400 millions de connexions par téléphone portable sont prévues en Afrique en 2010) qui permettent, en partie, de dépasser les limites infrastructurelles du réseau routier.

Des constats positifs

En dépit des effets de la crise qui ont pu influencer négativement les économies africaines et l’accès au crédit ainsi que la stabilité des banques, plusieurs constats positifs pour le développement de l’économie peuvent être faits :

  • les économies africaines restent intéressantes pour les investisseurs, africains et étrangers grâce à de taux de croissance meilleurs en moyenne que ceux des pays développés ;
  • le développement des économies nécessite encore une forte contribution des banques multilatérales, mais le secteur financier privé élargit sa présence dans les différents territoires ;
  • la crise a confirmé le fait qu’un développement durable passe par le financement du secteur des PME qui était jusqu’à présent le grand exclu du crédit ;
  • les moyens utilisés pour atteindre ce résultat sont liés essentiellement à l’augmentation de la surface de connexion des différents secteurs de la finance avec ceux de l’économie réelle. En particulier, nous pouvons citer deux actions fondamentales : le recours à la technologie (diffusion des DAB, points de vente et la banque par téléphone) et la pénétration géographique des acteurs avec la création de réseaux panafricains (Attijariwafabank et Ecobank) et de réseaux locaux qui puissent aussi pénétrer plus en profondeur sur les territoires (coopération avec le microcrédit ou les coopératives agricoles).
L’action des banques privées en combinaison avec celles des banques multilatérales montre qu’un nouveau type de réponses commence à être recherché aux problèmes du développement. La diffusion des banques privées et des banques locales, qui touchent des couches de plus en plus vastes de la population, peut réduire le déficit de connaissance des services financiers qui reste encore un des plus grands freins au développement et à la sortie de l’économie du système informel.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº281