France

« Il faut mener l’offensive en Europe »

Créé le

12.05.2015

-

Mis à jour le

26.05.2015

Si la France n’est pas spontanément classée dans les pays profinance, elle garde des ambitions certaines en la matière. Arnaud de Bresson revient sur les atouts et objectifs de la Place française. Pour les exploiter au mieux, l'action des Pouvoirs publics sera déterminante.

La France n’est pas spontanément citée comme un pays qui a fait le choix de la finance. Que pensez-vous de cette opinion ?

Il est vrai que la Place financière de Paris ne bénéficie pas du même soutien des Pouvoirs publics qu’en Grande-Bretagne ou en Allemagne, comme dans toutes les grandes économies mondiales. Pourtant, le développement d’un centre financier compétitif est un enjeu essentiel pour accompagner les besoins des épargnants, financer les entreprises – y compris les PME – et relancer la croissance.  Et la France bénéficie de la présence d’acteurs financiers compétitifs et diversifiés – banques, assurances, sociétés de gestion – et occupe une position médiane, entre la Place de Londres très internationale et tournée vers les marchés, et l’Allemagne, au secteur bancaire traditionnel prépondérant. Il est essentiel de consolider notre industrie.

Quels sont les atouts de la France pour faire valoir un environnement profinance ?

La présence d’entreprises industrielles internationales, très actives sur les marchés financiers, est un atout premier de la Place de Paris, qui est organisée pour répondre à leurs besoins de financement.

Et la Place de Paris dispose d’atouts structurels :

  • quatre banques françaises, classées dans le Top 10 européen, qui développent des activités diversifiées, y compris de Banque de financement (BFI). Un avantage fort au moment où les deux banques britanniques qui restaient présentes à Londres dans ce domaine (RBS et Barclays) ferment leurs activités pour cause de moindre profitabilité, laissant le champ libre aux banques américaines ;
  • notre pôle de gestion d’actifs, n° 2 mondial derrière les États-Unis, qui gère l’abondante épargne française. Sa présence est d’autant plus structurante que l’Europe évolue vers un financement des entreprises qui se déplace des banques vers les marchés ;
  • enfin, la recherche en finance où la France est en pointe, liée sa filière d’excellence en mathématiques, et la création de PME innovantes dans le secteur financier. C’est ce que développe notre pôle de compétitivité Finance Innovation.

L’action des Pouvoirs publics soutient-elle efficacement cette volonté de développer la finance en France ?

L’action des Pouvoirs publics est totalement insuffisante, voire à contre-courant, pour accompagner le maintien d’une Place financière forte en France, pourtant indispensable au maintien de notre souveraineté économique. De nombreux obstacles réglementaires et fiscaux perdurent ; notamment, l’absence de mesures structurantes pour développer l’épargne longue et l’orienter vers le financement des entreprises, ou bien les nouvelles taxes qui s’accumulent sur les intermédiaires financiers. A fortiori, le projet de TTFE à onze pays dits « de la coopération renforcée », soutenu par la France, non seulement est en contradiction totale avec le nouveau projet d’Union européenne des marchés de capitaux (UMC), encouragé par notre pays, mais aboutirait à un renchérissement très significatif des coûts de financement des entreprises, y compris PME-ETI. Et il conduirait à une délocalisation massive d’activités des places financières des pays concernés. Au même moment, on note une inflexion dans le discours du gouvernement, notamment avec la création du Comité Place de Paris 2020 – présidé par Michel Sapin, ministre des Finances et des Comptes publics –, chargé de définir les grands enjeux de la Place et sa feuille de route pour renforcer sa compétitivité dans la concurrence internationale.

Pour ce qui est de la régulation, le dialogue s’est révélé particulièrement utile dans les périodes de crise, et a permis de trouver un bon équilibre, reconnu au plan international, entre la nécessaire protection des investisseurs et la compétitivité de la Place financière. De nouveaux progrès restent, cependant, indispensables, en matière notamment de délais de traitement des opérations et de meilleure écoute des attentes des utilisateurs. La dernière avancée en date a été le travail effectué par Paris EUROPLACE, en collaboration avec l’AMF, pour rapatrier le marché des émissions obligataires françaises sur la Place de Paris.

Quel est l’apport de l’activité financière à l’économie globale (en termes d’emploi, de PIB) ?

L’industrie financière représente 4,8 % du PIB français pour 4,5 % de l’emploi national, 6 % si l’on prend en compte les emplois induits.  Elle représente 1 120 000 emplois pour l’ensemble du territoire, y compris ceux induits, soit un des tout premiers secteurs créateurs d’emplois en France. Et au niveau de la région Ile-de-France, les chiffres sont encore plus élevés : 6,4 % des emplois, soit 350 000 emplois directs et indirects, pour 12 % du PIB. Des chiffres en deçà de ceux de la Grande-Bretagne (6 % du PIB, 500 000 emplois à la City), mais supérieurs à ceux de l’Allemagne.

Quelles sont les mesures aujourd’hui nécessaires pour renforcer le dynamisme de la Place financière française ?

L’enjeu est critique au moment où l’on s’achemine vers un changement de modèle de financement de l’économie européenne, avec la nécessité pour les entreprises de faire d’avantage appel aux marchés.

La France dispose d’un taux d’épargne très significatif (autour de 15 %), mais c’est une épargne « dormante », orientée vers des instruments à court terme et sans risque. Il faut développer l’épargne longue et l’orienter vers le financement de long terme des entreprises, y compris les PME/ETI. C’est ce que demande Paris EUROPLACE de manière pressante, au travers d’une fiscalité adaptée, notamment pour l’épargne investie en actions.

La seconde priorité est de consolider notre industrie financière au sens large, en se fixant des priorités par métiers et des objectifs de masse critique. Ceci est valable pour la BFI, comme pour la gestion d’actifs ou l’assurance. Et mettre en place un environnement réglementaire et fiscal qui accompagne cet objectif. Nous travaillons sur ce sujet, dans le cadre du Comité 2020.

Il nous faut développer les nouveaux canaux de financement des entreprises, notamment l’obligataire, le placement privé (Euro PP, sur lequel la Place de Paris a pris une initiative forte), le papier commercial, la titrisation indispensable pour permettre aux banques de réduire leurs contraintes de bilan, et le crowdfunding. Paris EUROPLACE est engagée sur chacun de ces chantiers.

Enfin, il faut relancer une stratégie d’attractivité pour la Place financière de Paris pour attirer les investisseurs internationaux et faire revenir les talents.

Dans le contexte d'un marché européen, ne faut-il pas accepter le fait que la France n'est pas la mieux placée pour développer une place financière d'envergure internationale et ait plus intérêt à exploiter d'autres avantages relatifs dans le domaine économique ?

Aucune grande économie dans le monde n’existe sans une industrie financière puissante. Il en va de la mise à disposition de modes de financement compétitifs pour les entreprises, y compris PME-ETI, comme d’ailleurs pour les États, et du maintien de la souveraineté économique d’une nation. Si New York et Londres sont de grandes places financières mondiales, Paris doit et peut disposer d’une Place financière forte leader du marché européen unifié. D’autant plus aujourd’hui, où la Grande-Bretagne s’interroge sur son maintien dans l’Union.

Quelles sont les actions menées par Paris EUROPLACE pour renforcer l'influence internationale de la Place française ?

Du fait de notre orientation vers le financement de l’économie réelle et de notre proximité avec les entreprises, notre positionnement différenciant a été plus entendu depuis la crise. C’est pourquoi nous avons signé des accords de coopération avec des places financières à forte croissance, soucieuses de concilier finance et économie : Dubaï et Qatar en 2009, Moscou et Shanghai en 2010, l’Association des marchés obligataires chinois NAFMII en 2011, le Maroc et l’Algérie en 2013. Notre ambition est aussi de faire de Paris l’un des centres offshore du renminbi dominant en Europe. Et poursuivre notre action en direction des pays d’Afrique, avec la mise en place d’un cluster finance franco-africain, en liaison avec la Fondation AfricaFrance.

Par ailleurs, nous poursuivons une action énergique de promotion internationale de nos entreprises et de notre offre de services. Et nous développons aujourd’hui avec le pôle Finance Innovation la mise en relation de PME-ETI innovantes, notamment dans la Fintech, avec des partenaires industriels ou financiers internationaux.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº785bis