La finance verte peut-elle devenir majoritaire ?

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La finance verdit de plus en plus… et ce n’est pas un signe de mauvaise santé, bien au contraire. Comme le montre le dossier piloté par Laure Bergala, les initiatives vertes dans le secteur se déclinent aujourd’hui à tous les niveaux : task force on climate-related financial disclosures (TCFD) du FSB au niveau mondial, high-level expert group on sustainable finance (HLEG) lancé par la Commission européenne, mais aussi initiatives des places financières comme, par exemple, Finance for Tomorrow à Paris. Après les acteurs publics, et aiguillonnés par les ONG, les acteurs privés, investisseurs, gestionnaires d’actifs, assureurs et banquiers, se sont emparés du sujet et ont pris depuis quelques années des décisions fortes pour accompagner la transition énergétique, tant pour mesurer les empreintes climat (directe ou indirecte) que dans l’orientation des financements et services délivrés. Le risque climat est désormais clairement identifié par une typologie en trois catégories : risques physiques, de transition et de contentieux.

Pas de doute : la transition énergétique est bien comprise dans le monde financier comme une évolution économique et sociologique stratégique. Mais au-delà de ce constat encourageant, le chemin est encore long et les délais sont courts pour respecter le scénario 2 °C. L’approche de gestion par les risques climatiques n’est pas achevée au sein des institutions financières ; les actions entre acteurs privés et publics doivent se coordonner et monter encore en puissance pour que la finance verte s’impose majoritairement et définitivement.

 

Autre tendance lourde dans le monde financier : la conversion à l’ère digitale.

Fabrice Moly (BNP Paribas) montre que différentes méthodes algorithmiques d’analyses des données peuvent permettre de répondre aux exigences de profilage des clients issues de la directive Mif2 : clustering, analyse prédictive, score d’experts ou encore arbre de décision. Mais elles doivent aussi répondre à d’autres exigences réglementaires, de transparence vis-à-vis des clients, à qui il faut pouvoir expliquer comment leurs données sont utilisées. Surtout, précise l’auteur, « la digitalisation des profilages invite les banques à réfléchir sur leurs responsabilités vis-à-vis des clients et remet en lumière les principes moraux et le besoin d'éthique ».

Yvon Moysan (IESEG School of Management), de son côté, montre comment les banques, après avoir utilisé les réseaux sociaux pour développer leur notoriété, puis comme canal de support client, les intègrent désormais dans leur processus de vente via une nouvelle technique de vente : le social selling. « Les réseaux sociaux offrent en effet aux conseillers l’opportunité de se rapprocher de leurs clients pour mieux capter leurs besoins, en amont de la décision d’achat », explique l’auteur, qui recommande une stratégie de déploiement en six étapes pour être efficace.

André Gazal (FBF) s’en félicite : les mesures gouvernementales prises en 2016 pour faciliter le financement des entreprises exportatrices permettent à la France de jouer à armes égales avec les autres pays de l’Union européenne. Celles-ci s’articulent autour d’un rôle renforcé de Bpifrance à qui a été confiée la gestion des garanties publiques ainsi qu’une mission d’accompagnement des ETI et PME dans leurs démarches à l’export, ainsi que de la réintroduction de la procédure de stabilisation du taux TICR. Mais il nuance sa position : le dispositif peut être encore amélioré et surtout, il craint les évolutions réglementaires prudentielles encore en discussion à Bâle.

 

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