L’endettement des entreprises ralentit en 2021

Créé le

08.12.2021

Dans un environnement économique marqué par une forte reprise de l’activité économique, l’endettement des entreprises connaît en 2021, un chemin inverse à celui de l’année précédente.

L’encours des crédits aux sociétés non financières (SNF) avait nettement accéléré en 2020. Sa hausse s’était établie à + 13,3 % fin 2020, après + 5,1 % en 2019. Symétriquement, cet encours décélère fortement en 2021. À fin septembre, la hausse est ramenée à 2,8 % sur un an. De même, la production de crédits aux sociétés recule nettement en 2021, après un fort rebond en 2020. Ces mouvements très marqués reflètent le recours massif au prêt garanti par l’État (PGE), massivement souscrit entre avril et septembre 2020, puis un net tassement des demandes de ce même PGE en 2021.

L’encours des crédits de trésorerie aux SNF, lui aussi, s’était envolé en 2020, avec une hausse de 37,7 % fin 2020. Il freine très nettement en 2021, s’affichant en léger repli sur un an à partir de juin. Les crédits « investissement » connaissent, eux, des évolutions plus régulières. Autre source de financement des entreprises : le marché. L’évolution de l’encours des titres de marché émis par les entreprises est proche de celle du crédit, avec une forte hausse en 2020, +13 %, suivie d’une nette décélération en 2021, +1,6 % en septembre.

Un effet précaution en 2020

Le recours marqué au crédit et aux titres de marché en 2020, notamment le succès du PGE, a deux raisons : les tensions sur la trésorerie et la volonté de constituer un important coussin de réserves de cash de manière préventive. Les entreprises ont été confrontées en 2020 à une chute de l’activité, mais aussi à une forte incertitude économique et sanitaire. Des mesures de soutien ont été déployées : prise en charge du chômage partiel, fonds de solidarité, report et exonération de cotisations sociales et d’impôts, etc. Mais pour un certain nombre d’entre elles, les besoins en matière de trésorerie ont été marqués, pour cause de chiffre d’affaires quasi-nul dans certains secteurs, de tensions sur les délais de paiement, de financement des stocks, des loyers, de diverses charges… Parallèlement, les entreprises ont fortement accru leurs dépôts, par comportement d’épargne de précaution et pour faire face aux tensions à venir lorsque les mesures de soutien seront peu à peu retirées, au besoin en fonds de roulement lié au redémarrage de l’activité, au remboursement à venir des reports d’impôts et charges…

Moindre demande de PGE

Jusqu’au 30 juin prochain, les entreprises peuvent demander à leur banque un PGE pour soutenir leur trésorerie. L’enveloppe est de 300 milliards d’euros. Quelque 75 % des PGE ont été accordés pendant les quatre premiers mois (d’avril à juillet 2020). Au 1er janvier 2021, les demandes de PGE accordées par les banques, en faveur principalement des PME et TPE, atteignaient 131 milliards d'euros. Fin octobre 2021, ce montant atteignait 143 milliards d'euros. Les demandes de PGE se sont nettement réduites depuis la fin 2020.

Des niveaux d’endettement élevés malgré tout

Déjà très élevé avant la crise, le taux d’endettement des SNF s’est fortement accru en 2020, de 30 points :162 % de la valeur ajoutée fin 2020, contre 132 % fin 2019 (voir graphique). Cela tient à un double effet : l’explosion de l’encours de dette, +13 % sur un an, et le sévère recul de la valeur ajoutée des SNF en valeur, -8,5 % pendant la même période. En 2021 et 2022, ce ratio se réduirait peu à peu. Il atteignait 152 % en septembre 2021 et pourrait avoisiner 145 % fin 2022.

Ces niveaux restent très élevés. Plusieurs éléments plus rassurants permettent toutefois de nuancer ce constat. D’abord, le taux d’endettement des PME est beaucoup plus faible que celui des grandes entreprises. Ensuite, le taux d’endettement des entreprises rapporté aux fonds propres est plus modéré. Il était limité à 86 % avant la crise sanitaire (niveau estimé en 2019). Pour les PME, il n’était que de 70 % et affichait une tendance à la baisse ces dernières années. Enfin, la dette nette des sociétés, c’est-à-dire l’encours de dette diminué des placements de trésorerie, s’est accrue beaucoup plus modérément que la dette brute. Elle ne progressait que de 3,7 % sur un an fin 2020 (contre 13 % pour la dette brute) et se replie modérément en 2021, -0,3 % sur un an en septembre.

Accélération des remboursements de PGE en 2022

Le recours marqué des SNF à la dette a été en bonne partie consacré à la constitution de réserves de cash. Le flux net cumulé de dette entre fin 2019 et septembre 2021, 227 milliards, se retrouve en bonne partie dans le flux de dépôts accumulé sur cette période, 182 milliards. Ces dépôts devraient être peu à peu dépensés, en 2022 et au-delà, avec le redémarrage de l’activité et le remboursement à venir des impôts et charges. Mais cet important matelas de trésorerie est un point positif : il permettra de faire face à l’arrêt graduel des mesures de soutien et de limiter la remontée éventuelle des défauts de crédits entreprises.

Le freinage du crédit aux entreprises devrait se poursuivre. La croissance de l’encours de crédit aux SNF serait ramenée à 2 % fin 2021, à 1,3 % fin 2022, et l’encours des crédits de trésorerie se replierait peu à peu, -3 % fin 2021 et -6 % fin 2022. Avec le processus de reprise et le redressement des profits, les nouvelles demandes de PGE, déjà réduites depuis la fin 2020, seraient très modérées. Les remboursements des PGE devraient être très faibles en 2021, plus marqués en 2022 : le PGE peut être converti en crédit amortissable et peut n’être remboursé qu’au bout de deux ans. O. E.

 

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº863-864