Analyse sectorielle

Crédit à la consommation : le marché devrait profiter d'un effet naturel de rattrapage

Créé le

13.07.2010

-

Mis à jour le

28.07.2010

Pour Nicolas Pécourt, l’optimisme est de rigueur.Si, dans l’immédiat, le potentiel d’évolution du marché du crédit à la consommation paraît contraint par un environnement économique dégradé, les perspectives à moyen et long terme sont en revanche bien réelles.

Du fait de la crise, le crédit à la consommation affiche depuis deux ans une baisse prononcée de son activité. En 2009, les sociétés spécialisées ont accusé un repli de -13 %, d’une ampleur jusqu’ici jamais observée. En euros constants, le volume de crédit à la consommation distribué en 2009 est revenu au même niveau que celui enregistré 8 ans auparavant. La baisse de la consommation de certains biens durables pénalise le secteur du crédit. Même lorsqu’ils continuent à acheter, les consommateurs font le choix de biens à moindre coût, avec un montant d’apport personnel souvent identique, d’où une diminution accentuée de la partie de l’achat financée à crédit. Cela est flagrant pour l’automobile, dont le nombre d’immatriculations a progressé en 2009 sous l’effet de la prime à la casse, mais au profit de plus petites cylindrées.

Cette baisse s’explique également par un niveau de confiance des ménages historiquement bas. Comme l’illustre l’étymologie du mot crédit (croire, faire confiance), la souscription d’un crédit reflète également le niveau de confiance d’un emprunteur dans son avenir et dans sa capacité à rembourser avec aisance ses échéances.

Cette baisse des crédits n’est pas propre à la France. Elle est encore plus forte dans certains pays, notamment ceux qui avaient connu avant la crise un dynamisme particulièrement prononcé de cette activité : Irlande, Espagne, pays d’Europe de l’Est…

Cette baisse mérite toutefois d’être nuancée selon les opérateurs, avec des disparités fortes entre acteurs. Disparités qui seront probablement renforcées par la mise en œuvre de la loi Lagarde et les modifications structurelles qu’elle apportera. Des disparités apparaîtraient également, comme ce fut le cas fin 2008, en cas de nouvelles tensions sur les liquidités.

À ce jour, aucune reprise particulière du crédit ne semble vraiment se dessiner. Les économistes émettent par ailleurs de plus en plus de doutes sur la consommation. Pourquoi dès lors imaginer des perspectives de développement pour une activité par ailleurs rendue suspecte par la crise ? N’est-il pas plus sage de parier sur une stagnation du crédit à la consommation pour les prochaines années ? En dépit de cette situation morose à mi 2010, les perspectives à long terme de ce marché sont néanmoins bien réelles.

Un effet naturel de rattrapage

Le marché français devrait en premier lieu profiter d’un effet naturel de rattrapage, du fait d’un recours au crédit à la consommation assez largement inférieur à celui observé dans des économies comparables. En France, le montant d’encours de crédit à la consommation par habitant (2 260 euros en 2009) est inférieur à la moyenne européenne ; l’alignement du consommateur français sur son voisin allemand représenterait une progression de 25 %. Cet écart est encore plus flagrant hors d’Europe : le montant moyen d’encours enregistré en France correspond à la moitié de celui observé au Japon et à moins d’un tiers de celui enregistré au Canada. Autre illustration, si l’on compare ces encours de crédits au montant de la consommation totale des ménages, cette part est de 12,6 % en France contre 16,4 % en moyenne dans les 27 pays de l’Union européenne.

L’Europe économique avance à grands pas et les habitudes de consommation tendent à converger. Rien n’explique pourquoi les Français devraient durablement rester fixés à ce moindre recours au crédit. Cette uniformisation européenne est par ailleurs encouragée par celle des pratiques réglementaires, même si elle ne suffit pas à gommer les différences de modes de consommation ou de politiques de risque propres à chaque pays. Mais la portée de ces réglementations peut être majeure, l’adoption du SEPA a ainsi contraint la France à lever fin 2007 l’interdiction faite aux cartes bancaires cobrandées.

Ce décalage français en matière de crédit à la consommation est enfin d’autant plus paradoxal qu’il intervient dans un pays où la bancarisation des particuliers et la sophistication des produits qui leur sont proposés sont parmi les plus développées en Europe.

La santé et l’éducation

La seconde raison qui peut conduire à un développement du crédit en France est liée à la modification de la structure du budget des ménages et plus précisément à l’évolution de certaines dépenses, notamment celles liées à la santé et à l’éducation.

Au cours des 8 dernières années, le poids des dépenses de santé dans le budget des familles a augmenté de 40 % en moyenne. Face à cette charge complémentaire qui s’accroît, les particuliers devront trouver des moyens de financement. Les compagnies d’assurances et de prévoyance y travaillent déjà ; le recours au crédit sera une façon complémentaire d’y faire face. Le caractère souvent soudain et non anticipé des dépenses de santé ne rendra que plus indispensable le recours au crédit lorsqu’une épargne de précaution n’aura pas été anticipée ou lorsqu’un contrat de prévoyance adapté n’aura pas été souscrit. Déjà certaines dépenses médicales (soins ophtalmologiques et dentaires) nécessitent parfois un effort financier direct important pour les ménages.

La deuxième illustration est apportée par l’éducation, et en particulier par l’enseignement supérieur. La part du secteur privé, tout particulièrement dans l’enseignement supérieur, a connu au cours des dernières décennies une évolution très forte. Pour les Français [1] , le financement des études des enfants figure d’ailleurs au troisième rang des dépenses pour lesquelles il est légitime d’utiliser le crédit à la consommation. L’enseignement supérieur constituant un investissement pour l’avenir, il ne paraît pas illégitime d’avoir recours au crédit pour le financer. Le prix Nobel d’Économie Gary Becker, dans sa théorie fondatrice du capital humain, a d’ailleurs intégré le rôle du financement de l’éducation.

La protection de l’environnement

Le troisième facteur favorable au développement du crédit est lié à la protection de l’environnement. Ce secteur, dont l’évolution semble prometteuse, concerne deux marchés qui représentent les deux tiers de l’activité de crédit à la consommation, à savoir l’automobile et l’équipement de la maison.

Les futures automobiles électriques s’accompagneront d’une dissociation de l’achat du véhicule proprement dit et de celui de coûteuses batteries destinées à fournir l’énergie nécessaire, notamment du fait de durées de vie différentes. Le futur véhicule électrique exigera donc un mode de paiement différent de celui de la voiture traditionnelle que nous connaissons, au profit probablement de formules financières locatives liées à l’usage de la batterie. Cette évolution ne viendra d’ailleurs que consolider un mouvement déjà amorcé vers les formules dites locatives (LOA). De plus en plus de consommateurs passent d’une valeur statutaire à une valeur d’usage intégrant l’acquisition du véhicule et les services qui y sont associés.

Le deuxième marché est celui de la rénovation de la maison : travaux d’isolation, nouvelles formes de chauffage, équipements utilisant une source d’énergie renouvelable, etc. Le recours au crédit à la consommation est nécessaire pour réaliser ces travaux, dont le montant est souvent élevé. Pour illustration, le montant moyen de travaux liés à l’isolation de fenêtres est de près de 6 000 euros. Sachant que la charge d’intérêts liée à ces crédits peut souvent être couverte par les déductions fiscales. Ce marché lié aux économies d’énergie présente un potentiel de développement important, la France compte un parc de près de trente millions de résidences principales et secondaires, dont un tiers seulement serait correctement isolé.

Les évolutions démographiques

Les évolutions démographiques, celles en particulier liées aux deux extrêmes de la population, plaident enfin pour une évolution significative du crédit à la consommation.

D’un côté, les seniors, de plus en plus nombreux, ont un recours plus important au crédit. En 2009, 19 % des plus de 65 ans remboursaient un crédit à la consommation, contre 7 % vingt ans auparavant [2] . Cette évolution trouve plusieurs explications, parmi lesquelles une consommation accrue, un désir de voyager ou d’aménager leur résidence, mais aussi le soutien aux enfants ou petits-enfants, tendances toutes durables.

De l’autre côté, le niveau exceptionnel que connaît la France depuis dix ans en matière de naissances devrait à plus long terme favoriser le développement du crédit à la consommation. Lorsqu’elles accéderont à l’âge adulte, ces nouvelles générations auront recours au crédit à la consommation pour s’équiper en automobile ou aménager leur habitat. Le baby-boom d’après-guerre a d’ailleurs souvent été donné comme une des explications au développement du crédit dans les années 1960 à 1980.

Ces différents facteurs devraient ainsi, sur le moyen et le long terme, avoir raison des baisses aujourd’hui observées. L’histoire du crédit à la consommation nous enseigne par ailleurs le rôle économique indispensable qu’il a toujours joué, comme sa faculté à s’adapter aux évolutions de son environnement qu’elles concernent les produits, la distribution ou encore les technologies. Ces perspectives prometteuses du secteur seront néanmoins d’autant plus réelles si un travail de pédagogie sur l’utilité économique et sociale du crédit à la consommation est entrepris.

1 "Les Français et le crédit à la consommation en 2007 », étude réalisée par TNS Sofres pour l’Association française des sociétés financières ; mars 2007. 2 Observatoire des crédits aux ménages, « 21e rapport annuel », mars 2009, sous la direction de Michel Mouillart, voir également p. 35 de cette revue.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº726
Notes :
1 "Les Français et le crédit à la consommation en 2007 », étude réalisée par TNS Sofres pour l’Association française des sociétés financières ; mars 2007.
2 Observatoire des crédits aux ménages, « 21e rapport annuel », mars 2009, sous la direction de Michel Mouillart, voir également p. 35 de cette revue.