Le marché interbancaire est-il en danger ?
Le 1er juillet, 1 121 banques européennes
devaient rembourser à la
BCE une ligne de crédit de 442 milliards
d’euros, émise il y a un an. Cet
événement a été suivi de près. Non
seulement le montant est important
et représente près de la moitié de la
liquidité totale en circulation dans la
zone euro, soit 856 milliards d’euros,
mais également plusieurs indicateurs
montrent des faiblesses sur le marché
interbancaire.
Tout d’abord, le 11 juin les banques
ont déposé à la BCE, 384 milliards
d’euros en over-night, un montant historique
depuis la création de l’euro et
ce malgré un taux de rémunération
relativement bas à 0,25 %. A priori, un
tel montant fait penser à une situation
de défiance sur le marché interbancaire.
Pourtant, les experts s’accordent
à dire que ceci démontre surtout
une abondante liquidité. Selon eux,
le point d’équilibre de liquidité idéal
dans la zone euro devrait se maintenir
à 580 milliards d’euros, après le
remboursement des 442 milliards.
Pour ce faire, « il sera indispensable que
les banques empruntent à la BCE sur les
prochains appels d’offres à une semaine,
à un mois et à trois mois » souligne un
trésorier de banque, « afin de maintenir
un encours de liquidité suffisant à l’équilibre
du marché. Cet encours pourrait se
situer entre 650 et 700 milliards d’euros,
soit les 580 mentionnés plus une marge de
manoeuvre de 80 à 120 milliards permettant
de couvrir les dysfonctionnements du
marché interbancaire ».
Le nombre d’emprunteurs et les montants
demandés à la BCE constituent
désormais un bon indicateur de la
santé future du marché interbancaire.
« Le principe de redistribution de la liquidité
entre banques, fondement de la transmission
de la politique monétaire de la BCE,
oblige les banques à emprunter auprès de
la BCE à hauteur de leur niveau de constitution
de réserves », souligne le même
trésorier. En revanche, précise-t-il,
« le risque principal à ce jour sur le marché
interbancaire pourrait venir des grandes
banques qui, n’ayant pas de problème de
confiance ni de liquidité, cherchent à se fournir
ailleurs qu’à la BCE », où les taux sont
à 1 %. Elles ont un rôle à jouer dans
l’apport de liquidité en continuant
d’emprunter à la BCE. La situation
n’est pas la même pour les banques
plus petites où celles originaires des
pays en crise comme la Grèce ou l’Espagne,
qui n’ont pas d’autres choix
que d’aller à la BCE.
Enfin, autre point de méfiance selon
les observateurs, la difficulté actuelle
pour les banques d’emprunter sur le
marché interbancaire en dollars. Pour
preuve, depuis le 10 mai, la BCE a
réactivé deux lignes de crédit en dollars
établies en partenariat avec la
Réserve Fédérale, peu utilisées pour le
moment. Il n’en demeure pas moins
que les banques et sociétés de gestions
américaines restent réticentes à prêter
leurs billets verts aux banques européennes.
Ceci souligne l’existence
d’une défiance du reste du monde
vis-à-vis de la zone euro qui remonterait
au mois de décembre, suite aux
dégradations de la Grèce mettant en
exergue les problèmes de financement
des États européens. A.F-T.